Zarifian philippe

Un regard sur Israël : l'horreur est toujours possible.

(l'ombre qui plane derrière les négociations pour la reconnaissance d'un Etat palestinien)

NOUS SOMMES EN TRAIN DE NOUS DETRUIRE EN ISRAEL :UN SCENARIO DE JUGEMENT DERNIER PREND FORME

Interview avec l'historien militaire Israelo-Néerlandais le plus injurié Martin van Creveld 20 Janvier 2003

Le Professeur Martin van Creveld, un professeur d'histoire militaire internationalement connu et contreversé de l'Université Hébraique de Jérusalem, prévoit seulement des évènements extrèmes pour le proche avenir. Les méthodes par lesquelles Israel combat l'Intifada sont vouées à l'échec. Les chances de Paix et de création d'un Etat palestinien sont visiblement réduites. Une conversation avec un pessimiste, qui, comme il le dit lui-même, est injurié dans son propre pays.

L' interviewer : Votre spécialité est la guerre. Est ce la guerre ce qui se passe la-bas ?

Creveld : Certainement, bien que les Palestiniens n'aient pas de gouvernement, pas d'armée et pas de nationalité. C'est le chaos. C'est pourquoi nous ne gagnerons pas la guerre non plus. Si nous pouvions identifier et éliminer chaque terroriste, nous aurions gagné le combat sous 48 heures. L'administration palestinienne a les mêmes difficultés. Même si Arafat décidait de se soumettre à nos conditions et se rendait demain, il est virtuellement certain que l'Intifada continuerait.

L' interviewer : Y-a'il des ressemblances du côté Israélien ?

Creveld: Si le combat dure encore plus longtemps, le gouvernement Israélien perdra le contrôle de sa population. La population dira : " Si le gouvernement ne peut pas nous protéger, qui sur terre peut faire quelque chose pour nous ? Si le gouvernement ne peut pas nous garantir que demain nous serons encore en vie, à quoi sont-ils bons ? Nous allons nous défendre nous-mêmes."

L' interviewer : Israel est donc battu d'avance ?

Creveld: A ce sujet, je citerais Henry Kissinger: "Dans des campagnes comme celles-ci, les forces anti-terroristes perdent, parce qu'ils ne gagnent pas, et les rebelles gagnent parce qu'ils ne perdent pas. " Cela s'applique certainement ici. Je considère une défaite israélienne totale comme inevitable. Cela signifiera l'effondrement de l'Etat israélien et de sa société. Nous nous détruisons nous-mêmes.

L' interviewer : Y-at'il un rapport avec la récente offensive israélienne ?

Creveld : Cette offensive est totalement inutile ; elle augmente seulement la colère des Palestiniens. Il y aura peut-être une courte accalmie mais à terme il y aura encore plus d'attaques-suicide.

L' interviewer : Y-a-t'il aucun espoir ?

Creveld: Si j'étais Arafat, je n'arrêterais pas non plus. Je cesserais seulement en échange d'un accord politique de très grande portée. Et il semble que nous avons un gouvernement (Sharon & Co) que ne veut pas faire à Arafat une telle offre. Si des élections avaient lieu aujourd'hui, la Gauche serait largement battue.

L' interviewer : Certains soutiennent que ce sont les ennemis étrangers d'Israel qui font que le pays reste uni ?

Creveld: C'est vrai. J'espère seulement que nous ayons des ennemis étrangers, mais ce n'est pas le cas. Nous avons combattu nos ennemis étrangers pendant de longues années. A chaque fois qu'il y a eu une guerre, nous avons frappé lourdement nos adversaires, et après avoir été battus à plusieurs reprises, ils nous ont laissé seuls. Le problème avec la révolte palestinienne, c'est qu 'elle ne vient pas de l'extérieur mais de l'intérieur. Pour cette raison, nous ne pouvons pas utiliser le marteau.

L' interviewer : Alors, la solution est-elle de garder les Palestiniens à l'extérieur des frontières ?

Creveld : Exactement, et maintenant il y a presque un accord unanime à ce sujet. Nous devons construire un mur " si haut, que même un oiseau ne pourra voler au-dessus." Le seul problème est : Où installer la frontière ? Puisque nous ne pouvons pas nous décider si les territoires conquis en 1967 doivent être inclus, pour le moment nous improvisons un peu. Nous construisons une série de petits murs qui sont beaucoup plus difficiles à défendre. D'un point de vue militaire, cela est très stupide. Chaque supermarché a progressivement acquis son propre mur vivant de gardes chargés de la sécurité. Une moitié de la population israélienne protège l'autre moitié - incroyable. En dehors des pertes fantastiques, c'est presque totalement inutile.

L' interviewer : Est-ce que cela signifie que les Palestiniens restent à l'intérieur des frontieres.

Creveld: Non, cela signifie qu'ils vont tous être déportés. La population qui fait son possible pour cela attend seulement le bon homme et le bon moment. Il y a 2 ans, seulement 7 à 8% des Israéliens pensaient que cela serait la meilleure solution, il y a 2 mois, ils étaient environ 33% et maintenant, selon un sondage, ils sont 44%.

L' interviewer : Est-ce que cela sera possible ?

Creveld: Bien sûr, puisque des temps désespérés provoquent des mesures désespérées. Aujourd'hui, il y a un débat pour savoir où doit être la frontière. Il y a 2 ans, 90% des israéliens voulaient que le mur soit construit le long de l'ancienne frontière. Maintenant, cela a complètement changé et si les choses continuent, si la terreur ne s'arrête pas, dans 2 ans, peut-être, 90% des israéliens voudront que le mur soit construit le long de la Jordanie. Les Palestiniens parlent de "summutt," qui signifie s'accrocher dur, s'accrochant à leur terre et à leur sol. J'ai énormément de respect pour les Palestiniens. Ils se battent héroiquement. Mais, si en fait, nous voulons les expédier en Jordanie, nous n'aurons besoin que de quelques brigades. Si les Syriens ou les Egyptiens essayaient de nous arrêter, nous les anéantirions. Ariel Sharon est le leader. Il n'improvise jamais : il a toujours un plan.

L' interviewer : Un plan pour déporter les Palestiniens ?

Creveld: Je pense qu'il est tout à fait possible qu'il desire faire cela. Il veut que le conflit s'intensifie. Il sait que rien d'autre ne réussira.

L' interviewer : Pensez-vous que le monde acceptera cette sorte de nettoyage ethnique ?

Creveld: Cela depend de qui le fait et à quelle vitesse cela sera fait. Nous possédons plusieurs centaines de têtes nucléaires et des roquettes qui peuvent être lancées sur des cibles dans toutes les directions, peut-être même sur Rome. La plupart des capitales européennes sont des cibles pour notre armée de l'air.

L' interviewer : Israel ne deviendra-t'il pas un Etat voyou ?

Creveld: Laissez-moi citer le General Moshe Dayan: "Israel doit être comme un chien enragé, trop dangereux pour être importuné ". Je le considère sans espoir pour l'instant. Nous devons essayer d'empêcher les choses d'arriver, dans la mesure du possible. Nos forces armées ne sont cependant pas la 30ème puissance militaire au monde, mais plutôt la deuxième ou troisième. Nous avons la possibilité de détruire le monde avec nous. Et je peux vous assurer que cela arrivera avant qu'Israel ne s'écroule.

L' interviewer : Ce n'est pas votre propre position, n'est-ce pas ?

Creveld: Bien sûr que non. Vous me demandez ce qui pourrait arriver et je l'ai exposé. La seule question est que soit il est déjà trop tard pour l'autre solution, celle que je soutiens, ou soit l'opinion publique Israélienne peut encore être convaincue. Je pense qu'il est trop tard. A chaque jour qui passe, l'expulsion des Palestiniens devient de plus en plus probable. L'alternative serait l'anéantissement total et la désintégration d'Israel. Qu'attendez-vous de nous ?

Cet interview a été effectué par Ferry Biedermann à Jerusalem.

exemple :

Le "mur de séparation" en Cisjordanie désespère villageois et pacifistes LE MONDE | 16.05.03 | 13h44 • MIS A JOUR LE 16.05.03 | 15h58

Les travaux de ce que les autorités israéliennes appellent la "clôture de sécurité" progressent, remodelant une partie du territoire palestinien qu'elle est censée traverser du nord au sud, coupant des villages en deux. Comme à Mas'ha, où des militants pour la paix soutiennent les habitants. Mas'ha (Cisjordanie) de notre envoyée spéciale A quelques centaines de mètres en surplomb du village de Mas'ha, un drapeau palestinien émerge des branches noueuses d'un olivier. Il marque l'entrée du "camp de la coalition contre le mur de l'apartheid" : quelques tentes de toiles délavées, posées depuis le 5 avril au sommet de la petite colline, au milieu desquelles des banderoles, des photos et des cartes improvisent une exposition sur le mur et ses conséquences sur le paysage et les populations. Installé là par une poignée de militants palestiniens, israéliens et internationaux, pour protester contre le passage du mur construit du nord au sud de la Cisjordanie par Israël pour "se protéger des infiltrations terroristes", le campement est devenu au fil des semaines un îlot de terre sèche, balayé par le vent. Peu soucieux de la présence vingt-quatre heures sur vingt-quatre d'une dizaine de pacifistes, les bulldozers israéliens, protégés par des gardes privés et les patrouilles régulières de l'armée, ont méthodiquement préparé le terrain. Huit cents oliviers ont été déracinés ; sur plusieurs centaines de mètres de long et une vingtaine de large, la terre a été arasée, préfigurant le tracé du mur. Une tranchée de deux mètres de profondeur a été creusée dans la rocaille, isolant le camp du reste du village. Militants et villageois passent encore, au prix de quelques acrobaties. "Dans quelques jours, ce sera pire ; ils -les Israéliens- ont promis d'installer des rouleaux de fil de fer barbelé", assure Jonathan, un des pacifistes israéliens, qui a déjà passé près de trois semaines sur place. Mas'ha est l'un des premiers villages palestiniens de cette région, le gouvernorat de Salfit, à subir le désastre du mur de séparation que le gouvernement d'Ariel Sharon a décidé d'édifier en juin 2002, pour s'isoler des territoires palestiniens. Selon les plans actuels, présentés en mars aux villageois, 95 % de leurs terres vont se retrouver à l'ouest du mur. Les habitations et les 2 500 habitants du village resteront, eux, à l'est, coupés de leur principale source de revenus : l'agriculture. Les autorités israéliennes ont promis d'aménager des points de passage dans le mur, pour permettre aux paysans d'accéder à leurs champs. La plupart sont sceptiques, d'autant que les destructions liées aux travaux préparatoires ont déjà privé de nombreuses familles de leurs terres. PAS DE TERRE DISPONIBLE Nazih Chalabi a perdu 12 des 12,5 hectares que sa famille possédait depuis des générations. Comme d'autres, il a tenté de récupérer des oliviers déracinés pour les replanter, mais, "côté est", il n'y a plus guère de terre disponible et il a dû renoncer. Par le biais d'un trafic encore opaque, certains arbres "abandonnés" se retrouvent parfois en Israël. "Notre vie va devenir encore plus misérable et, lorsque nous aurons fini nos réserves de farine et d'huile d'olive, il ne me restera plus qu'à aller mendier à l'entrée de la mosquée", s'inquiète M. Chalabi, père de neuf enfants, qui, avant l'Intifada, travaillait dans des exploitations agricoles en Israël, laissant aux femmes de la famille le soin de récolter ses olives. A l'époque, Mas'ha était un village prospère de 7 000 habitants, animé par un marché hebdomadaire fréquenté par de nombreux Israéliens. Isolé par des blocs de pierres à chacune de ses entrées dès les premiers jours de l'Intifada, le village a été contraint de se recentrer sur des activités agricoles artisanales. Le passage du mur sur ses terres sonne le glas de ce moyen de subsistance. Mais la catastrophe économique et sociale que le mur est en passe de provoquer n'explique pas à elle seule l'indignation qu'il suscite chez les villageois et les militants. Situé à six kilomètres à l'est de la Ligne verte (la frontière qui séparait jusqu'en 1967 Israël de la Cisjordanie), Mas'ha aurait dû rester hors des méandres de la "clôture de sécurité", ainsi que les autorités israéliennes qualifient le mur. Pourtant, sous la contrainte des colons israéliens installés en Cisjordanie, le tracé du mur avalisé par le gouvernement de M. Sharon a peu à peu épousé les contours des colonies proches des villages palestiniens. Mas'ha, cerné par les implantations israéliennes d'Elkana et d'Ets Ephraïm, fait les frais de cette politique, qui vise à conserver du "bon" côté du mur le maximum de citoyens israéliens. Dans un entretien publié, le 13 mai, par le quotidien de droite Jerusalem Post, le premier ministre israélien est même allé plus loin. Il a confirmé que le "mur antikamikaze" s'enfoncerait de quelque 20 kilomètres en territoire palestinien, pour intégrer notamment la colonie d'Ariel, la plus peuplée de Cisjordanie. "Mas'ha n'a jamais été impliqué dans aucun acte de terrorisme, assure de son côté Rizeq Abou Nasser, l'un des responsables de l'organisation palestinienne Comité de défense de la terre, présent sur place en permanence. Pour les Israéliens, l'objectif évident du mur est de voler de la terre aux Palestiniens et de provoquer un transfert de population plus à l'est." "C'est le moyen subtil qu'a trouvé -Ariel- Sharon pour priver les Palestiniens de leurs moyens d'existence et les forcer à partir", renchérit Jonathan. La jeune association International Women's Peace Service (IWPS), dont la dizaine de membres assurent un relais permanent dans le camp, craint, elle, que le "mur de l'apartheid" pose "les frontières de la future entité palestinienne". Redoutant aussi cette politique du fait accompli, Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), le premier ministre palestinien, n'a pas manqué de demander l'arrêt de la construction du mur, lors des discussions sur la mise en œuvre de la "feuille de route", qu'il a eues avec le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, le 11 mai. Ce dernier n'y a pas fait allusion. Quant au document diplomatique, censé mener à la création d'un Etat palestinien en 2005, il ne dit pas un mot du sort réservé à ce mur-frontière. Stéphanie Le Bars

Israël dresse un mur sur la voie de la paix en Palestine LE MONDE | 24.06.03 | 12h53

Pour la première fois, le 17 juin, des activistes palestiniens sont parvenus à franchir le mur de séparation que le gouvernement israélien érige pour sécuriser sa frontière avec un futur Etat palestinien. L'ouvrage, prévu sur 350 km, dont la construction a été entreprise en juin 2002, est passé sous silence dans le plan de paixinternational, dont l'application a été lancée le 4 juin. Il constitue pourtant un obstacle majeur à un règlement négocié du conflit, non seulement parce qu'il sanctuarise la ligne de démarcation de 1967, mais aussi parce qu'il menace de rendre impossible la vie de quelque 400 000 Palestiniens. Plus de 90 % des colons juifs de Cisjordanie seraient mis à l'abri derrière cet ouvrage de séparation, dont l'impact symbolique n'est pas le moins important. Jérusalem de notre correspondante Dans le nouveau plan de paix, ce mur n'existe pas. Pourtant, sur le terrain, il apparaît comme l'un des obstacles majeurs à une mise en application crédible de la "feuille de route", qui prévoit la création d'un Etat palestinien en 2005. Du reste, la clôture pourrait s'avérer inefficace : le 17 juin, pour la première fois, des activistes palestiniens venus de Kalkiliya, en Cisjordanie, sont parvenus à franchir la séparation que le gouvernement israélien, à la suite d'une décision unilatérale, construit entre Israël et les territoires palestiniens. Cette infiltration meurtrière, au cours de laquelle une fillette a été tuée, constitue à ce jour la prise en défaut la plus spectaculaire de l'ouvrage pharaonique dont l'Etat hébreu a entrepris l'édification, en juin 2002, pour prévenir "l'intrusion de terroristes" à l'ouest de la Ligne verte (la ligne de démarcation de 1967). Défendu à l'origine par les ministres travaillistes de l'ancienne coalition d'Ariel Sharon, le projet devait concrétiser la vieille aspiration d'une partie de la gauche israélienne à vivre "chacun chez soi". Il y a un an, le ministre de la défense, Benyamin Ben Eliezer, s'était donc fait le défenseur d'une clôture de sécurité courant, à quelques exceptions près, le long de la Ligne verte. Depuis, les travaillistes ont été remplacés par des ministres d'extrêmedroite, proches des colons israéliens, farouchement opposés à cette clôture qui crée, selon eux, une frontière au milieu du "Grand Israël". La population, traumatisée par les attentats, a toutefois contraint le gouvernement à aller de l'avant. En un an, près de 40 km, sur les 350 prévus initialement, sont sortis de terre. Fin juillet, 100 km supplémentaires devraient compliquer encore la vie des Palestiniens piégés le long du mur. DÉCISION POLITIQUE Entre-temps, les colons ont pesé de tout leur poids pour obtenir une révision du tracé. A terme, le gigantesque ouvrage devrait donc serpenter en plein cœur de la Cisjordanie. Selon Pengon, une organisation non gouvernementale palestinienne, les méandres du nouveau tracé intégreraient, à l'ouest du mur, plus de 90 % des colons. Début mai, M. Sharon s'est engagé à inclure à l'ouest de l'ouvrage la colonie d'Ariel, soit près de 18 000 habitants : un détour de 20 km à l'intérieur des territoires palestiniens, et une topographie si complexe qu'elle multiplie par deux la longueur initiale du mur, aujourd'hui estimée à 600 km, pour un coût total d'1,2 milliard d'euros. Sous couvert d'anonymat, des militaires israéliens dénoncent cette décision politique. "Pour qu'elle soit efficace, la clôture devrait être la plus courte et la plus droite possible", déclarait l'un d'entre eux, fin mai, au quotidien Yedioth Aharonot. Quoi qu'en disent les autorités israéliennes, ces adaptations ont dénaturé le projet initial de "séparation sécuritaire". Le tracé du mur laisse désormais côté israélien une quinzaine de villes et de villages palestiniens. Lorsque la première phase sera achevée, près de 200 000 personnes se retrouveront coincées entre la Ligne verte, qu'il leur est de facto interdit de franchir, et le mur. Si le projet actuel va à son terme, 400 000 Palestiniens se retrouveront dans ce cas... Côté israélien, seuls quelques pacifistes s'inquiètent des conséquences du mur sur la viabilité du futur Etat palestinien. Amers, les Palestiniens affectés par le mur se sentent isolés. Quasiment muets sur le sujet jusqu'à l'arrivée de Mahmoud Abbas au poste de premier ministre, le 29 avril, les responsables palestiniens tentent depuis peu de le faire émerger. "Lors de son discours d'investiture, M. Abbas en a parlé. En mai, il a évoqué le mur avec le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, insiste une porte-parole de l'Autorité palestinienne. Nous alertons les diplomates sur les conséquences désastreuses de ce projet pour la création de l'Etat palestinien. Car déjà, entre l'expansion des colonies et le mur, la viabilité de Jérusalem-Est est en péril." "Mais lorsqu'un député a expliqué notre situation devant le Conseil législatif, à Ramallah, raconte Rizeq Abou Nasser, membre d'une ONG environnementale, ses collègues lui ont dit : "Le mur de Berlin est tombé ; celui-là tombera aussi"." "En ne posant pas l'abandon de ce projet comme un préalable aux discussions, nos dirigeants commettent la même erreur que pendant le processus d'Oslo, lorsque la construction des colonies s'était poursuivie, exacerbant la colère des Palestiniens", analyse aussi le directeur de Pengon, Jamal Juma. L'administration américaine aurait fait part de son opposition à ce projet "unilatéral" au gouvernement israélien et se serait engagée auprès des Palestiniens à aborder le sujet lors des discussions futures sur le sort des colonies. Mais sur le terrain, les travaux continuent. Stéphanie Le Bars

Une loi empêche désormais les Palestiniens d'obtenir la citoyenneté israélienne LEMONDE.FR | 31.07.03 | 18h48

"C'est une loi raciste qui porte atteinte aux droits de l'homme", a déclaré la députée d'opposition Zeeva Galon, à l'issue du vote. Le Parlement israélien a voté, jeudi 31 juillet, à une forte majorité en dernière lecture un projet de loi empêchant les Palestiniens mariés à des Arabes israéliens d'obtenir la citoyenneté israélienne. La loi a été votée par 53 voix pour, 25 contre et une abstention, à l'issue d'un débat houleux. Des députés arabes israéliens et d'opposition de gauche ont qualifié cette loi, passée précédemment en première et deuxième lectures, de "discriminatoire et raciste". "La Knesset va souiller son recueil de lois par cette honte et cette injustice", a déclaré à la tribune avant le vote la députée d'opposition de gauche Zeeva Galon. "C'est une loi raciste qui porte atteinte aux droits de l'homme", a-t-elle ajouté. Mme Galon a cité l'exemple de "deux frères arabes israéliens de Nazareth dont l'un a épousé une Italienne, qui pourra devenir israélienne, alors que la Palestinienne qui a épousé le deuxième frère ne pourra pas, comme ses enfants, obtenir ce statut". Le député arabe israélien d'opposition Ahmad Tibi a qualifié le texte d'"inhumain". L'avocate Orna Cohen, du Comité juridique de la minorité arabe israélienne, s'est élevée contre cette "punition collective". Le ministre chargé des relations avec le Parlement, Gidéon Ezra, a justifié la nouvelle loi en expliquant à la radio publique israélienne que "trente Israéliens ont été tués par des Palestiniens ayant obtenu par mariage la citoyenneté israélienne". "Le phénomène a pris des allures incontrôlables, avec plus de 100 000 Palestiniens de Judée-Samarie (Cisjordanie) et de la bande de Gaza qui ont obtenu une carte d'identité israélienne depuis les accords d'Oslo en 1993", a ajouté M. Ezra.

Le chef du service de sécurité intérieure (le Shabak, ex-Shin Beth), Avi Dichter, a également plaidé en faveur de ce texte devant le Parlement en affirmant que le projet de loi était "vital pour la sécurité d'Israël", selon la radio publique. Le ministre de l'intérieur, Avraham Poraz, considéré comme un libéral du parti centriste laïque Shinouï, n'a pas caché une certaine gêne. "J'aurais préféré qu'un tel texte ne soit pas nécessaire, mais il y a des considérations de sécurité dont il faut tenir compte", a-t-il affirmé. Les 1,1 million d'Arabes israéliens sont les descendants de Palestiniens restés sur leur terre au moment de la création de l'Etat d'Israël en 1948. Jusqu'à présent, la loi prévoyait qu'un Palestinien qui épouse une Arabe israélienne, ou vice versa, pouvait demander le statut de résident puis la citoyenneté israélienne, ainsi que tous les droits sociaux accordés aux Israéliens. Avec AFP

 

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