Zarifian philippe, Philippe Zarifian

 

Pour une théorie du sens.

Nous voudrions, dans cet article, soutenir la thèse suivante : la confrontation à une trame d'événements est, notamment, ce qui donne sens à l'activité sociale développée par les sujets. Cette provocation de sens par les événements prend une particulière importance dans une période de trouble social, période dans laquelle il faut garder ou retrouver le sens de ce que l'on fait. Et même temps, cette provocation de sens reste fragile, et la manière dont elle peut être soutenue par une communication intercompréhensive, comme détruite par une communication oppressive, apparaît particulièrement importante. Pour pouvoir préciser le contenu de cette thèse, il nous faut éclaircir les distinctions conceptuelles que nous utiliserons.

1. L'approche compréhensive : de la fonction au sens de l'activité.

a) Les apports de Max Weber.

On sait que le concept de " sens " , ou plus exactement, de " sens visé par un agent " est au centre de la méthode sociologique créée et soutenue par Max Weber sous le nom de sociologie compréhensive. Il nous semble utile de repréciser ce que Max Weber entend par " sens ", car cela nous permettra en même temps d'en marquer certaines limites.

La proposition centrale de cet auteur est évoquée par lui d'entrée de jeu : nous appelons sociologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l'activité sociale et par là d'expliquer causalement son déroulement et ses effets. Et Weber d'ajouter : " nous entendons par activité un comportement humain (peu importe qu'il s'agisse d'un acte extérieur ou intime, d'une omission ou d'une tolérance) quand et pour autant que l'agent ou les agents lui communiquent un sens subjectif. Et par activité sociale, l'activité qui, d'après son sens visé par l'agent ou les agents, se rapporte au comportement d'autrui, par rapport auquel s'oriente son déroulement. " (Weber, 1995, 28) Le sociologue doit donc se donner les moyens de comprendre le sens visé par les agents, de manière à pouvoir interpréter leur comportement.

Pour faire comprendre ce qu'il entend par " sens visé ", Weber procède par distinctions.

La première distinction va opposer une activité significative (c'est-à-dire dotée de sens) à un comportement purement réactionnel. Lorsqu'un individu ne fait que réagir à une situation, autrement dit lorsque son comportement est directement provoqué et dicté par les effets de la situation, on ne peut pas parler d'activité significative. L'exemple, classique, cité par Max Weber, est celui des effets de masse ou de foule, développé par Tarde (Tarde,1989): lorsque le comportement d'un individu est conditionné par la masse, et quels que soient les sentiments alors sollicités (la gaieté, la colère, l'enthousiasme, etc.), et dès lors qu'aucune relation significative n'est introduite entre le comportement de cet individu et sa condition de membre de cette masse, il n'y a pas d'activité sociale au sens défini par l'auteur. En toute rigueur d'ailleurs, il n'y a pas activité, mais simple réactivité. La question du sens ne se pose pas. Cela permet de définir, a contrario, par la négative, ce qu'est une activité significative : elle n'est pas purement réactionnelle. Cette distinction est loin d'être triviale. Car au-delà de l'exemple de la foule, elle indique qu'un comportement mécaniquement conformiste, dans lequel l'individu ne fait que se plier à un comportement collectif ou qu'appliquer, sans appropriation personnelle, ce qu'on attend de lui, est dénué de sens. On peut l'expliquer causalement, mais il serait vain de tenter de le comprendre.

Max Weber admet aussitôt la difficulté pratique que cette première distinction introduit : la frontière entre une activité significative et un comportement simplement réactionnel est absolument flottante. Une part considérable de l'ensemble des comportements se situe aux limites des deux. Lorsque par exemple, un individu obéit à une tradition, il est difficile de tracer une frontière nette entre ce qui est pure application mécanique de cette tradition, et ce qui est respect sensé de cette dernière. Par ailleurs, et cela ajoute à la difficulté, l'individu concerné n'est pas nécessairement conscient du sens qu'il mobilise, de fait, dans son activité. C'est au sociologue de reconstruire ce sens. Néanmoins, malgré la difficulté pratique qu'elle introduit, cette distinction weberienne nous semble importante : toute activité humaine n'est pas nécessairement " sensée ", du moins dans l'approche sociologique qui est ici rappelée . Un individu peut agir d'une manière qui ne repose pas sur la construction consciente d'un sens rationnellement motivé.

La seconde distinction va opposer sens et fonction. Max Weber admet complètement l'importance qu'il y a à élucider la fonction d'un agent dans un ensemble social. Et souvent, dans l'analyse sociologique, la question préalable à se poser est : quelle activité est fonctionnellement importante dans le développement de l'activité sociale ? Quelle est la fonction d'un roi, d'un fonctionnaire, d'un entrepreneur ; autrement dit : quels services ils rendent ? C'est à partir de là que l'on pourra sélectionner les activités importantes et typiques socialement. Non seulement Weber n'est pas opposé à cette analyse fonctionnelle, mais il la sollicite comme pré-requis. Toutefois, l'analyse proprement sociologique ne commence qu'après. Une fois la fonction élucidée, reste la question du sens. Une fois située la fonction d'un fonctionnaire, reste à comprendre les motifs qui déterminent les divers fonctionnaires à agir comme fonctionnaires, c'est-à-dire à adopter un comportement significatif qui contribue à faire naître et développer leur communauté de fonctionnaires (et donc l'Etat). Là aussi, la question du sens s'éclaire par distinction : le sens visé est toujours au-delà de la fonction occupée, non réductible à cette dernière. La compréhension du sens ne se réduit pas à l'élucidation de la fonction. Et sans cette intermédiation du sens, l'exercice réel des fonctions par des individus humains ne pourrait s'expliquer. On ne pourrait comprendre pourquoi un fonctionnaire agit de telle façon plutôt que d'une autre.

Une troisième distinction, plus subtile, va distinguer, à l'intérieur de la question du sens, la compréhension actuelle et la compréhension explicative (cette dernière, seule, appréhendant les motifs de l'activité). La compréhension actuelle touche directement au contenu de l'acte. Nous (comme observateur) comprenons le sens de la proposition : 2 et 2 font 4. Ou encore nous comprenons que telle mimique signifie un état de colère. Ou nous comprenons ce que fait une personne qui met un animal en joue. Cette compréhension actuelle rationnelle d'acte est absolument nécessaire à la compréhension du sens en général. Mais la compréhension n'est complète que lorsque nous passons aux motivations. Lorsque nous comprenons le sens qu'un agent donne à la proposition : 2 et 2 font 4 dès lors qu'il l'intègre dans un calcul de comptabilité par exemple, ou encore la raison pour laquelle une personne est en colère dès lors que nous savons qu'elle a pour origine une jalousie, ou encore le fait qu'un animal est tenu en joue par une personne motivée par l'attrait de la chasse.

Ces deux compréhensions - compréhension actuelle et compréhension par motivation - forment ce que Weber appelle : un ensemble significatif. Autrement dit : forment la saisie du sens visé. Donc, même si rigoureusement parlant, le sens ne se réduit pas au motif, ce dernier occupe une place privilégiée chez Max Weber. Celui-ci appelle " motif " un ensemble significatif qui semble constituer aux yeux de l'agent ou de l'observateur la " raison " significative d'un comportement (la tenue d'une comptabilité commerciale, la jalousie, l'attrait de la chasse…). Cette troisième distinction est particulièrement importante à nos yeux. En effet, elle indique que des productions de significations socialement établies - du type :2 et 2 font 4, ou tel mouvement du visage indique la colère - sont nécessaires à la production de sens, mais non suffisantes. Pour saisir le sens, il faut replacer l'usage de ces significations génériques dans un contexte au sein duquel joueront les motifs concrets des agents. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le sens est beaucoup plus labile et fragile que les significations. Il est en jeu dans la manière dont les motifs peuvent être établis, dans des contextes sociaux précis, et peuvent soutenir un comportement sensé de la part des agents. Or là encore, le risque existe d'un échec : l'échec à soutenir une motivation personnelle pour orienter son action, échec qui s'exprimera dans un pur respect mécanique des conventions établies.

b) De quelques limites.

Dans et malgré ces précieuses distinctions, nous voudrions souligner deux limites de l'approche weberienne, limites dont nous partirons pour tenter une approche du sens quelque peu différente.

Première limite : en distinguant entre fonction et sens, Weber souligne bien l'importance explicative de la connaissance des structures objectives, comme les structures sociales, ou, plus généralement, de la connaissance de ce qu'il appelle les " données ". Mais, si le sens se situe " au-delà " de ces données, encore faut-il comprendre comment le sens est produit ou provoqué. Or Weber reste étrangement silencieux sur cette question. Par exemple : comment passe-t-on de la " fonction " au " sens ", pour le fonctionnaire d'un Etat donné, à une époque donnée ? Dès lors que nous nous posons la question de la production (ou plutôt, comme nous le ferons apparaître, de la provocation) du sens, nous devons faire intervenir les situations sociales, non seulement comme contexte ou comme données, mais comme participants actifs de cette production du sens.

Deuxième limite : Weber n'opère aucune distinction significative entre ce qui ressort des régularités sociales, de l'ordre social au sens large de ce terme, et ce qui relève des discontinuités, des événements singuliers. Dans plusieurs passages, il renvoie même explicitement l'étude des événements aux historiens, comme si les sociologues n'étaient réellement intéressés qu'aux phénomènes de mise en ordre et de régulation (qui seraient les seuls à être pleinement sociaux). Ce n'est pas un hasard si, lorsqu'il va aborder la question des relations sociales, c'est en fait aux types de régularités dans l'activité sociale qu'il va s'intéresser, en montrant comment se forment, à partir de là, des ordres légitimes (conventions et droit). Et c'est à partir de cette mise en évidence des grandes régularités sociales et de leurs tendances historiques qu'il va mettre en exergue trois grands types de domination, un des paradoxes majeurs de la théorie de Weber étant que l'accent mis sur la compréhension du sens individuel donné à l'activité aboutit à une théorisation de l'intériorisation "sensée", par la majorité des sujets d'une société donnée, des formes de domination. Dans les régularités et les réaménagements de hiérarchie sociale (car, comme Bergson (1996) l'a remarquablement démontré, les régularités n'admettent que des réaménagements, elles n'autorisent jamais de ruptures ou de mutations) s'affirme la domination légitimement consentie. Certes, a contrario, les événements ne sont pas nécessairement porteurs d'insoumission vis-à-vis d'un ordre existant. Ils peuvent même radicaliser certaines formes " sauvages " de domination. Mais la question reste posée de leur relation au sens.

D'où la question que nous voudrions poser : quelle relation établir entre événement et sens ? Faut-il voir les événements comme des destructeurs de sens, ou, à l'inverse, comme des vecteurs privilégiés de leur création ?

2. Sens et signification : la question de l'événement.

Nous voudrions, en nous inspirant de distinctions établies, chacun à sa façon, par Benveniste (1989, 21) et Vygotski (1997, 494), proposer une interprétation de la différence entre signification et sens, qui nous sera utile pour mieux saisir la portée spécifique de l'événement dans le monde social.

La signification se situe du côté des conventions qui organisent un certain ordre social, et donc une certaine régulation et contrôle des activités. Certes, on peut dire, en suivant Max Weber, qu'il n'y a signification qu'en tant qu'elle est appropriée par des sujets toujours singuliers. Par contre, on ne peut pas dire d'une signification qu'elle est " visée ". Certes, elle aura été construite socialement, dans une période historique donnée. Mais pour la grande majorité des personnes, la signification est utilisée, voire appropriée par socialisation, mais elle n'est ni visée intentionnellement, ni créée . La signification d'un mot, par exemple, c'est le rapport du mot avec des concepts généraux, avec des implications de concepts qui peuvent renvoyer à d'autres propositions. Elle est établi pour l'enfant qui doit se l'approprier. Ces implications sont établies dans des registres de démonstrations qui fixent le contenu d'un ordre social de la manière la plus stable possible (un ordre lexical pour les mots d'une langue). La signification, au sens linguistique, a pour correspondant sociologique les coutumes, conventions, règles, lois juridiques, etc., qui fixent, de manière démonstrative, par enchaînement de concepts ayant une signification générale, ce qui vaut pour tous les membres de la communauté concernée. Les significations se développent et valent pour elles-mêmes, de manière interne à l'ordre social qu'elles règlent. Elles existent avant qu'un individu singulier ne s'en empare. La signification d'une loi ou d'un règlement, par exemple, ne saurait dépendre, de manière contingente, de la manifestation singulière de croyance de tel ou tel individu, sauf à ce que l'ordre social éclate.

Bien entendu, nous suivons Max Weber pour estimer qu'un agent ou qu'un observateur peut comprendre la signification mobilisée dans telle activité sociale. Dire que les significations pré-existent, ce n'est pas dire qu'elles existent en-dehors de leur mobilisation par des sujets humains. Mais c'est dire que ces significations établies s'imposent, en ne laissant aux sujets que des marges d'interprétations (ou, ce qui revient au même, d'opposition). Nous dirons que les circonstances et les intentions sont appropriées aux significations, et non l'inverse. De ce point de vue, et contrairement à ce qu'affirme Max Weber, le conformisme social ne relève pas, selon nous, principalement d'un comportement mécanique et non réflexif, du type : " suivre la foule ". Il relève beaucoup plus généralement de l'immersion dans un ordre social, immersion qui peut parfaitement être réfléchie et exposée rationnellement par un individu. Et il n'y a aucune raison d'évoquer le conformisme social selon une connotation morale péjorative. C'est un comportement qui fait partie intégrante de la vie sociale et auquel personne d'entre nous ne peut prétendre échapper.. Le sujet individuel, méthodologiquement privilégié par Weber, n'est premier et suffisant dans l'expression de ses raisons d'agir que pour autant que ce qu'il dit et fait enveloppe des significations déjà établies qui doivent être comprises pour elles-mêmes, dans le registre des implications d'ordre social, de régulation des relations sociales. Si ces significations s'effondraient complètement, l'identité personnelle elle-même se perdrait, n'aurait plus rien sur quoi s'appuyer pour s'affirmer.

Nous suivons toutefois Benveniste pour remarquer que l'univers des significations est fermé sur lui-même. C'est d'ailleurs l'un de ses paradoxes : alors que la signification installe le général, voire l'universel, le " valable pour tous ", elle enferme en réalité une communauté humaine sur elle-même, dans l'univers clos de ses propres conventions.

Le sens, quant à lui, relève des événements, de ce qui surgit, survient, insiste, en excès sur le déroulement " normal " des choses, comme en excès sur les significations établies.

Dans l'événement, on considère, non pas l'état des choses tel qu'il est fixé, mais ce qui devient, ce qui se passe, ce qui passe. L'événement n'est pas réductible à un simple accident, ou aléa, qui surviendrait dans le monde des états de fait. Il n'est pas réductible non plus à un effet de langage ou à une préférence sociale. L'événement se situe à la frontière entre le monde des états de fait et le monde des expressions pensées et développées dans le langage. Un événement, c'est à la fois un accident et, inséparablement, une expression pensée.

L'événement survient aux choses, mais il subsiste dans la pensée et le langage.

L'événement :

- perturbe l'état de fait. Il est une irruption, un devenir qui surgit, un mouvement " mutant ", en excès à tout état des choses existant, mais solidement ancré dans la matérialité du monde. La matérialité dite objective n'est pas seulement du côté des fixités, des états de faits que l'on peut analyser et décrire. Elle est aussi et tout autant du côté des incessants devenirs qui secouent les états de faits, les modifient.

- est repris dans la pensée humaine et dans le langage qui réalise cette pensée comme " faisant événement ". Une panne de machine, par exemple, est à la fois un aléa qui perturbe le fonctionnement technique et l'engage dans un devenir nouveau, et une expression langagière qui tente d'exprimer ce devenir imprévu de la machine (elle est tombée en panne), tout en s'adressant à d'autres humains. Nous pouvons tout autant solliciter un autre exemple : l'annonce de son licenciement est, pour une personne singulière, un événement . De ce point de vue, on ne peut pas parler du caractère évanescent du sens. Car si l'événement, dans son objectivité, est bel et bien évanescent (une panne est toujours déjà passée, le licenciement aura toujours été déjà prononcé, et, de manière générale, un événement est toujours déjà passé ou à venir, il n'est jamais saisissable dans le présent), par contre l'expression de l'événement, le sens, introduit au temps, il ouvre sur un nouveau cours des choses, un nouveau devenir subjectivement significatif. L'après-annonce du licenciement est définitivement différent de l'avant.

Nous l'avons dit : l'événement provoque le sens. Il appelle à ce qu'on lui donne sens. La panne appelle à sa compréhension, elle conduit à voir autrement la relation au tel système technique, à interroger la relation technique établie avec lui, à se demander ce qu'il faut faire et selon quelle orientation agir pour dépasser l'effet de la panne. De même l'annonce de licenciement conduit à réenvisager tout autrement le passé et le futur.

L'événement problématise le réel. Tout événement est un problème, dont il faut reconstruire les conditions (avant de pouvoir en imaginer la solution, au moins partielle et temporaire). Autrement dit, le sens, c'est l'ouverture de la pensée et du langage sur une trame d'événements qui remettent en cause et interrogent les significations établies. Les événements problématisent les états de choses, en les situant dans des devenirs inédits. Ils rappellent que le devenir est problématique et ne cesse de l'être. Les solutions n'épuisent jamais les problèmes auxquelles elles se rapportent, car le monde ne cesse de se transformer, de muter.

Le sens, provoqué par les événements, se résume en deux questions : qu'est-ce qui vient de se passer ? Qu'est-ce qui va se passer ? Il est impossible de répondre intégralement à ces questions, et pourtant elles sont suffisamment fortes pour poser du sens, dès lors qu'elles engagent des devenirs humains. Le sens n'est pas autre chose qu'une interrogation permanente, relancée par les événements, sur le devenir.

Nous rejoignons complètement Benveniste et Vygotski pour estimer que le sens provoqué par une trame d'événements est singulier, doit toujours être pris dans un contexte, dans une situation. La situation où ils surviennent. Mais ce sens peut parfaitement être socialisé, transporté au-delà de la situation à partir de laquelle il s'est constitué. Le sens d'une panne, dès lors qu'elle se transforme en savoir sur cette panne, sur ses causes et ses effets, peut informer toutes les pannes semblables susceptibles de se produire dans d'autres lieux et à d'autres moments. Toutefois, c'est dans le singulier que l'événement se noue et que le sens ainsi provoqué peut apparaître en tant que distinct de significations établies. C'est là l'origine profonde du concept de compétence.

Est-ce à dire que les individus ne feraient que subir les événements, seraient en position fondamentalement passive, le sens venant de l'événement et non d'eux-mêmes ? C'est tout l'inverse qui est vrai. Car, pour comprendre jusqu'au bout ce que la notion de " sens " veut dire, il faut rajouter un aspect absolument essentiel, mis en lumière par Deleuze (Deleuze, 1997) : la contre-effectuation.

Face à l'effectuation dans le monde objectif, autrement dit à l'occurrence, de l'événement, l'individu humain double ce qui s'est passé d'une autre effectuation, qui ne garde, de l'événement, que le sens. Le sens, c'est ce que nous choisissons de garder de l'événement, la leçon que nous en tirons, l'innovation de pensée qu'il suscite en nous. Car ce n'est pas directement de ce qui arrive que nous pouvons tirer quelque chose quant à la valeur de notre comportement. La valeur vient de quelque chose que nous sélectionnons dans ce qui arrive, quelque chose à venir de conforme à ce qui arrive, inspiré par lui. C'est trouver, dans l'événement, le sens de notre propre devenir. C'est pourquoi nous parlons, comme Deleuze, de contre-effectuer l'événement. De ce point de vue, nous ne dirons pas, contrairement à Benveniste, que le sens d'une phrase est dans l'idée qu'elle exprime, dans ce que le locuteur cherche à dire. Pas plus d'ailleurs que nous ne suivons Vygotski pour renvoyer, du fait de la réalisation de la pensée dans le langage, le sens à la motivation, qui serait, selon son expression, " le dernier plan intérieur de la pensée verbale " (Vygotski, 1997, 495) Car ce locuteur peut parfaitement viser à dire des banalités, c'est-à-dire à exprimer des significations convenues. Sa motivation n'est pas nécessairement le dernier mot. Cela peut être le corps de significations (y compris affectives) dont il ne fait qu'emprunter l'habit, parfois de manière désabusée ou avec ironie.

Il faut rester encore plus attentif à la distinction entre signification et sens. Le sens d'un énoncé est bien plutôt, si l'on peut employer cette image, dans la contre-idée, dans l'idée nouvelle que l'événement a suscitée, provoquée. C'est pour la raison pour laquelle nous n'identifions pas sens et motifs. Encore une fois, un motif peut être significatif, sans contenir de sens (ou un sens à ce point réifié qu'il a perdu toute vigueur). C'est d'ailleurs un constat assez banal que l'on peut faire : nombre de personnes travaillent significativement (peuvent donner une signification claire à leur travail, définir leur fonction, expliquer quelles raisons elles ont de travailler), alors que ce travail ne présente pour elles aucun sens (on dirait tout simplement : aucun intérêt). C'est bien entendu dans les périodes de trouble social, de décomposition relative des ordres existants, d'instabilité, que la question du sens reprend toute sa valeur. On dit souvent qu'il se produit, dans de telles périodes, une perte de sens. Mais, en vertu de la distinction que nous avons ici introduite, c'est d'une perte de signification qu'il faut parler, et, à l'inverse, d'un regain de la recherche (de la provocation) de sens. Période où il faut retrouver, si l'on peut dire, le sens du sens, son importance discriminante. Bien entendu, il ne s'agit pas d'opposer artificiellement le sens à la signification. Tout sens ne dure, socialement, ne produit pleinement ses effets, que dans un horizon social de signification, qui le conceptualise et le stabilise en même temps. Les significations établies peuvent être mises en cause et se transformer. Nous sommes toutefois tenté d'affirmer que, dans la tension entre sens et signification, et compte tenu de la période que nous vivons, la priorité doit être donnée à la recherche de sens. Pour, sur cette base, reconstruire de la signification.

3. Ouvertures pour une théorie du sens.

Nous voudrions prolonger les réflexions précédentes, en nous éloignant davantage encore des acquis de la sociologie weberienne.

a) La remontée et la descente dans le virtuel.

Affirmer que le sens ne s'exprime et ne se saisit qu'en situation concrète et singulière nous semble à la fois vrai et faux. Vrai, car c'est bien toujours de l'intérieur d'une situation concrète, localisable sur un plan spatio-temporel, que l'événement surgit, comme excès et en même temps facteur de mise en cause et transformation de cette situation (Zarifian, 1995, 29). Faux, car l'événement, d'une certaine façon, a pré-existé de longue date à cette situation et se prolongera bien après elle. En effet, l'événement a toute une vie virtuelle, qui ne saurait se réduire à sa simple actualisation (au moment évanescent de son occurrence). Ce virtuel est pleinement réel, mais il n'est pas actuel .

Si nous reprenons nos deux exemples :

- la vie virtuelle d'une panne est bien antérieure à son actualisation. Cela fait longtemps que la machine aurait pu tomber en panne…, ou plus exactement, la machine a fait une longue marche vers sa panne. Pourtant, seule la panne, donc l'actualisation, fait événement. On sait que d'importants efforts ont été déployés, aussi bien en conception des machines, qu'en maintenance prédictive, pour saisir, en quelque sorte, ce virtuel. Un exemple très précis en est donné par la construction des AMDEC, qui sont des analyses a priori des modes possibles de défaillance des objets techniques, au moment de leur conception. La maintenance prédictive est encore plus proche du virtuel, car elle tente de saisir, à travers des analyses vibratoires ou des écoulements d'huile, par exemple, l'imminence du surgissement de la panne. Elle ne spécule pas sur le possible. Elle est directement branchée sur le virtuel . Par ailleurs, l'actualisation de l'événement n'épuise pas sa force. Une nouvelle panne pourra toujours se produire, panne qui entretient des relations cachées avec la première. La fiabilité d'une machine n'est jamais assurée à 100%, ne serait-ce que du fait de son vieillissement permanent et des micro-mutations, infinitésimales, qui l'accompagnent .

- La vie virtuelle d'un licenciement, est-il besoin de le souligner, est bien antérieure, souvent, à son actualisation. Il est bien rare que le ou les futurs licenciés n'aient pas saisis les prémisses de cet événement, même s'ils auront voulu, du plus longtemps possible, ne pas y croire. L'annonce fait choc, elle fait événement, elle marque une discontinuité dans l'objectivité du monde social de telle entreprise, mais elle n'est pas nécessairement une surprise. Et l'événement prolongera sa force, propagera son onde de choc, bien après ladite annonce. En quoi cette prise en compte du virtuel modifie-t-elle la question du sens ? Le sens reste toujours le questionnement et la contre-effectuation provoqués par la confrontation à l'événement.

Néanmoins, nous pouvons l'apercevoir au travers de deux modalités :

- la remontée, de l'événement (temporairement) actualisé, vers le virtuel. Nous suivons entièrement Gilles Deleuze et Felix Guattari (1996, 147) pour estimer que, dans cette remontée, la virtualité devient consistante. Elle perd son caractère chaotique. Et cette consistance vient du fait que les sujets humains qui remontent vers ce virtuel, installent un " plan de sens ", autrement dit une problématique, qui va saisir l'événement dans son pur devenir (au-delà de l'état des choses, de l'accident où il s'est actualisé). Pourquoi disons-nous un " plan de sens " (par référence au plan d'immanence de Deleuze et Guattari) et non une simple explication ? C'est que précisément, l'événement n'est pas principalement expliqué. Il est compris. Lorsque l'on dit que l'on travaille sur les causes d'une panne, on emploie une expression quelque peu trompeuse. Il est d'abord rare que l'on remonte aux causes dites finales, ou que l'on parvienne à démêler l'imbrication de causes multiples qui interfèrent les unes sur les autres. Mais surtout, pour procéder à cette recherche " scientifique " des causes, il faut cerner le déroulement de l'événement. Et on ne peut le cerner qu'en traçant artificiellement (humainement) un plan qui fige, en quelque sorte, par reconstruction, le déroulement temporel de l'événement. Ou plus exactement : qui le simule (en empruntant par exemple la figure du récit).

Ce plan est un plan de sens, parce qu'il tente de répondre à la question : qu'est-ce qui s'est passé ? Il faut comprendre, il faut donner un sens, il faut échapper à l'angoisse et à l'émoi que l'événement a provoqués. Il faut tenter de cerner le devenir.

Et, en réalité, cette remontée vers le virtuel n'est pas une simple remontée vers un passé que l'on simule. Elle est aussi, et surtout, une descente vers l'avenir, vers le : qu'est ce qui va se passer ? Comment définir quelque chose qui réponde positivement à l'événement ? L'événement tend à être isolé dans les deux sens à la fois, dans son devenir pur, qui n'est, en réalité, que très partiellement cernable. Ce n'est pas jouer sur les mots que de dire que la production du sens n'est pas autre chose que cette tentative de contre-effectuer les deux sens associés du devenir de l'événement (le passé et l'avenir, qui ont actualisé leur tension dans la survenue instantanée de l'événement). Et c'est bien parce que des humains sont pris dans ce devenir que cela fait sens, que c'est pleinement un questionnement sociologique.

- la descente du virtuel vers l'actuel, en simulant la " conduite " d'un événement. C'est démarche est devenue très banale, en particulier dans les groupes projet (pour le lancement d'une innovation, pour répondre à un problème difficile posé par un client, etc.). Mais elle ne l'est pas en réalité, car le projet représente une sorte de pari. Non pas un pari sur le destin, mais pari sur une activité sociale, prise dans sa dynamique. Pari dans un jeu dont il faut inventer, à chaque instant, les règles. Pari sur ce qui va se passer du fait même de notre propre action. Car le projet, au lieu de partager un espace fermé entre des résultats fixes, selon l'approche classique du travail, préjuge de résultats mobiles qui émergent et se répartissent dans un espace ouvert, tout au long de la ligne du devenir du projet. Ce n'est pas seulement un pari sur le résultat. C'est un pari sur le sens, sur le fait que le projet fera sens (fera date), pari risqué sur ce qui va se passer. Et c'est ce pari sur le sens qui fait sens pour les acteurs du projet. L'essentiel du travail dans une équipe projet se fait bien sur une réalité virtuelle, c'est-à-dire sur des idées, matérialisées ou non sur des supports (plan, dessins, logiciels d'ordinateurs, etc.), qui n'ont pas encore été actualisées dans le " produit " final. Et il est probable qu'au moment de son actualisation, le projet dérapera, c'est-à-dire échappera partiellement à ce qu'en attendaient ses auteurs. Il fera événement, non seulement parce qu'il fera date, mais parce qu'il recèlera de l'inattendu . Cela veut dire que le virtuel n'aura été que partiellement contrôlé. Cela veut dire aussi que des sens sociaux différents peuvent se heurter dans l'actualisation d'un événement qui concerne différentes catégories d'acteurs. Ceux qui reçoivent l'innovation ne sont pas ceux qui l'ont conçue et le sens investi dans le projet peut se heurter aux attentes des destinataires, attentes autrement orientées.

La trame des événements, c'est aussi cela, ces heurts, ces disjonctions, ces devenirs disparates qui s'entrechoquent. Peut-on imaginer d'ailleurs, si nous prenons un projet de licenciement - qui, après tout, peut être conduit par les membres d'une DRH avec l'enthousiasme de l'opération bien conduite (" aucun licenciement sec " !) - qu'il converge vers son annonce sans qu'un conflit de sens n'apparaisse avec les futurs licenciés ? Conflit de sens, bien davantage que conflit de signification (car la signification à donner au licenciement, quant à elle, la plupart du temps, ne souffre pas de divergences d'interprétation).

Nous dénommons production de " sens " la contre-effectuation du virtuel sur sa ligne de devenir, sur la base de l'événement qui l'a provoqué, ou qui, par anticipation, le provoquera.

Et nous disons que le sens ainsi provoqué et produit fait sens pour les sujets concernés, parce que c'est leur propre devenir qui est en jeu, devenir toujours en tension entre le passé et l'avenir (car le passé reconstitué, notre histoire, fait autant sens que l'avenir anticipé).

Nous appelons production sociale de " sens ", cette même contre-effectuation, lorsqu'elle engage les rapports entre une diversité d'acteurs. Nous appelons production sociale conflictuelle de " sens ", les conflits de sens qui naissent de contre-effectuations divergentes, au croisement d'un même événement (ou plus exactement, au croisement de deux séries différentes d'événements, qui se rencontrent dans une même " annonce ").

b) Sens et rapports sociaux.

Weber, on le sait, s'est centré sur l'activité sociale, en se demandant comment un agent individuel pouvait conduire son comportement en fonction de la compréhension qu'il avait, non seulement du sens de sa propre action, mais aussi du sens visé par autrui (autrui pouvant être un autre individu, ou un groupe social tout entier). D'où sa définition de la " relation " sociale : " Nous désignons par " relation " sociale le comportement de plusieurs individus en tant que, par son contenu significatif, celui des uns se règle sur celui des autres et s'oriente en conséquence " (Weber, 1995, 58)

Mais on est frappé du fait que cette définition est bouclée sur elle-même. La relation sociale tend à se suffire à elle-même, par ce jeu, certes à options multiples, mais clos, de rencontres entre des expectations mutuelles (qu'elles soient ou non convergentes, peu importe). Est absent tout troisième terme. Sont absents les enjeux du vivre, comme est absent le rapport à la nature qui conditionne, manifestement, ce vivre, la production sociale de l'existence comme l'indiquait Marx. On pourra certes constater des divergences d'expectations des participants à la relation sociale. On pourra même expliquer ces divergences, en comprenant les visées des uns et des autres. Mais on ne pourra pas comprendre, par cette méthode individualiste, pourquoi ces individus sont en relation.

Autrement dit, quels sont les enjeux qui structurent leurs rapports, et comment ces rapports les définissent eux-mêmes. Nous reprendrons volontiers la définition, lumineuse de simplicité, de Benveniste: pour la sémantique, c'est la langue dans son rapport au monde qui compte. La langue, comme médiatrice entre les hommes, entre l'homme et le monde, comme relation dans et sur des rapports. Benveniste se garde bien de se limiter à la médiation entre les hommes. Il se garde bien de donner à la langue une simple fonction de communication sociale, qui, par elle-même et en elle-même, ne pourrait en aucune manière fonder l'existence de la langue et du langage. Et il ne se produirait aucun événement, digne de ce nom, si la vie sociale se limitait à un auto-bouclage des relations sociales sur elles-mêmes .

Marx, dans une autre conceptualisation, ne dit pas autre chose : les rapports sont doubles : rapports sociaux entre les hommes certes, mais aussi, et inséparablement, rapports des hommes à la nature, production du vivre humain dans ce double rapport. Sans contester que la méthode proposée par Max Weber permette d'expliquer une partie de la vie sociale, toute cette partie non surprenante qui finit par se régler sur des significations, dont les plus importantes finissent elles-mêmes par être imposées par les ressorts de la domination, elle passe à côté de l'essentiel : les tensions et enjeux qui sont en permanence ouverts sur les conditions mobiles du vivre, les rapports qui s'organisent, se désorganisent, se réorganisent autour de ces tensions et enjeux, les conflits d'appropriation qui en surgissent, les événements qui problématisent et reproblématisent ces enjeux.

C'est toute la richesse du concept de rapport social qui se trouve ici mobilisée (Zarifian, 1999, 135). Bref : manque l'univers du sens, conclusion paradoxale, s'adressant au sociologue qui a le plus fait pour introduire et valoriser cette notion !

En définitive, Max Weber privilégie clairement, dans sa démarche, l'univers des significations sur celui du sens. Le parti pris méthodologique de Weber, dès lors que toute son analyse de la trajectoire de la rationalisation du monde occidental pousse à mettre en avant les processus d'objectivation et de réification, conduit à un usage de la notion de sens (de sens subjectif individuel) qui n'a plus d'autre expression sociale que l'acceptation de l'une ou l'autre des formes de domination. La perte de sens, lorsque s'impose la cage d'acier, que Weber diagnostique, est moins un constat analytique, que le résultat logique de ses propres choix théoriques. Chez Weber, la signification, exprimant un type déterminé de domination sociale et un processus donné de rationalisation,, écrase et enferme (encage) le sens que l'individu vise dans ses actions.

Mais cela nous conduit à revenir encore une fois sur le concept d'événement. Il ne suffit pas en effet de dire que l'événement est à la frontière entre le monde des faits et le langage, entre l'accident et le sens, entre ce qui survient et ce qui subsiste. Car l'événement est beaucoup plus que cela. Il représente un point critique, sensible, un point de condensation des mutations du vivre, un point où précisément se cristallisent les enjeux sociaux, parce que ces enjeux sont " ouverts sur le monde ", sur les problèmes que notre rapport au monde, à nous, êtres humains historiquement situés, nous impose d'affronter (Zarifian, 1997).

La panne, pour modeste qu'elle soit, est un événement, dès lors qu'elle condense les enjeux essentiels, aujourd'hui, de notre relation à l'univers technique (ainsi qu'à la disponibilité temporelle).

Un licenciement, pour isolé qu'il soit, est un événement, dès lors qu'il est le signe d'enjeux majeurs sur la manière d'appréhender la productivité et l'utilité du travail.

L'échec de la réunion de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle a été un événement, provocateur de sens contradictoires, et, en tant que tel, particulièrement fertile.

Ce n'est donc pas l'accident en soi, qui fait événement. C'est le surgissement d'enjeux, qui, à leur manière, concrétisent et déplacent à la fois la tension qui se fait jour au sein des rapports sociaux en introduisant des failles et singularités qui poussent à la recherche de sens. L'événement fait signe vers le sens, il en appelle au sens. Et peut être le sens n'est-il pas autre chose que la réponse provisoire, mobile, à cet appel, réponse qui circule en amont et en aval de la factualité événementielle. Le rôle du sociologue n'est-il pas, in fine, d'aider à faire accoucher ce sens, en choisissant les événements significatifs (comme Max Weber sélectionnait les fonctions importantes d'une société donnée) ? Cela n'induit en rien un abandon de la nécessité de comprendre et expliciter les grandes tendances et régularités qui peuvent marquer le développement d'une société. On peut au contraire ré-interpréter ces tendances à la lumière des événements sociétaux importants qui en marquent le cours (événements qui, à ce niveau d'approche, sont d'une relative rareté, mais avec un contenu virtuel, un potentiel de production de sens particulièrement élevé : pensons au fait que Mai 68 est loin d'avoir épuisé ses virtualités, et que le débat provoqué autour de l'échec de Seattle a à peine commencé à exercer ses effets).

Toutefois, le sens devra toujours, dans son actualité, être rapporté à des sujets concrets, avec la force, mais aussi les limites de leur sensibilité et de leur mode de conceptualisation. Les macro-événements, dans leur relative rareté, font signe à l'extrême profusion des micro-événements dont la vie quotidienne est tissée. Nous sommes alors amené à faire retour sur la question du " sujet ". D'un côté, il n'y a de sens que de sujets. Le sens appartient à l'univers de la subjectivité. Mais d'un autre côté, les sujets expriment le sens, plus qu'ils ne s'expriment par du sens.

Les sujets forgent l'expression du sens, et sont pleinement actifs de ce point de vue. Mais l'exprimant du sens se situe en-deçà d'eux-mêmes, dans les événements virtuels auxquels ils participent. Modestie du sujet : quelle est la cause dont nous sommes l'effet ? se demandait Spinoza (Spinoza, 1965)…Ambition du sujet : en quoi je suis cette cause ?

 

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