Zarifian philippe

Crise de l'identité et trouble social.

Je partirai d'une situation de trouble individuel profond, d'une angoisse latente et parfois fortement exprimée, qui marque une période de transition dans notre société. Cette angoisse va nettement plus loin que la peur du chômage. Et elle est plus générale. Comme dans toute période de trouble ou de crise, l'important est de saisir et comprendre ce qui émerge en positif. Comment les individus tentent de se reconstruire et de ré-élaborer, avec leur individualité, une prise d'action sur les rapports sociaux. Mais ne semblent pouvoir l'opérer qu'au travers de fortes difficultés.

Si on l'exprime d'abord en négatif, il y a deux crises ouvertes aujourd'hui : la crise des identités et la crise des institutions (ou plutôt : d'une certaine manière de définir les institutions, à partir de la stabilité des règles qu'elles cristallisent). Ces deux crises ont la même cause et convergent vers les mêmes effets.

La même cause : une large partie des formes institutionnelles et de leur rôle régulateur / dominateur est construite sur la délimitation et la gestion des identités. L'institution familiale classique en aura représenté probablement l'archétype. Mais l'univers professionnel est très largement structuré autour de formes institutionnelles qui entretiennent et reproduisent les identités et leur bouclage. L'institution, comme à la fois instance de médiation entre société et individu, forme constituée de socialisation et mode de domination rationnelle, non seulement légale, mais légitime. Or, pour des causes sur lesquelles je ne reviens pas ici, ces institutions sont plongées dans une crise de longue durée, elles éclatent, tantôt rapidement, tantôt par lente désagrégation. Ce n'est pas sans raisons que, par exemple, le sociologue François Dubet a pu émettre ce jugement : l'Ecole a cessé d'être une institution. Elle est devenue une simple organisation, traversée et portée par des compromis d'intérêts pensés stratégiquement, alors que se délitent les "valeurs" intégratrices réputées républicaines. Bien entendu, les institutions d' une société salariale ont toujours la faculté de se recomposer, mais en perdant leur force institutionnalisante, au triple sens de la socialisation, de l'intermédiation et de la reconnaissance de la légitimité du rôle de l'Etat ou des compromis sociaux négociés à l'échelle globale et des normes qu'ils imposent. Quand les institutions n'emportent plus avec elles aucunes croyances fortes, n'ont plus la capacité à former ou incarner des opinions publiques, ni à soumettre idéologiquement des fractions importantes de la population, lorsqu'elles se replient sur la seule efficacité de mesures ciblées ou de résultats statistiques globaux, elles deviennent malades en profondeur, leur teint palit sérieusement.

La crise des identités est-elle première et celle des institutions seconde : peu importe, elles s'enchaînent et se renforcent mutuellement.

Les mêmes effets : elles sont à l'origine du trouble social et de son expression au sein des individus sous la forme de trouble psychique. Et elles entraînent une conséquence très pratique : une perte durable de signification des instruments de catégorisation du social et de la manière qu'ont les individus d'y situer et enfermer leurs appartenances. Ces instruments servent à découper la société en types d'individus et types de comportement. On pourrait dire : il y a une perte durable de signification des outils de catégorisation et de typification, et de leur capacité à servir de référent aux conduites individuelles, comme à leur modalités de rationalisation (au sens des "bonnes raisons de" de Boudon). Or ces instruments ne servaient pas qu'à assurer le gouvernement étatique des populations en terme de bio-pouvoir (au sens de Foucault), bien que cet usage reste toujours présent : les découpages catégoriels des "publics" des mesures administratives et gouvernementales sont toujours utilisés, malgré l'avalanche d'études qui montrent leur manque de pertinence. Il importe surtout de voir que l'usage de ces instruments, massivement répandu et popularisé, avait des effets réels sur les comportements et ressentis identitaires. Un ouvrier est un ouvrier, un cadre est un cadre, un jeune un jeune...

La crise des identités est un phénomène aujourd'hui bien établi et qui affecte la quasi-totalité des formes identitaires. Je pense même qu'il s'agit d'une crise du concept d'identité, en tant que concept sociologique autant que comme référent collectif approprié dans le langage ordinaire, le concept d'une période révolue, même si, sans doute, l'histoire longue des sociétés humaines a déjà connu de telles périodes et que nous avons tendance, par ignorance historique, à ne pas voir les retours d'époques, qui, bien entendu, sans être identiques - car elles n'opèrent, ni sur les mêmes individualités, ni sur les mêmes rapports sociaux, - présentent des similitudes. Il ne s'agit même plus d'un débat sur la validité théorique du concept, qui pourrait légitimement opposer les sociologues professionnels (j'ai toujours été opposé à l'identité comme concept, mais cela fait partie du débat légitime dans une discipline), mais sur sa capacité à désigner ce qui est en jeu dans le réel et à nous permettre de comprendre la période actuelle.

Par exemple :

- il y a une crise manifeste des identités de métier : sous le coup des recompositions organisationnelles et de l'entrée en force de référents externes dans la vie interne des entreprises ou des administrations (la figure du client ou celle de l'usager). Les métiers avaient une définition largement bouclée sur elle-même et négociée au sein des rapports de force internes aux entreprises. Exemple pour les métiers de techniciens à France Télécom ou pour les conducteurs de train à la SNCF. Or, tout à la fois la promotion d'organisations en réseau, et l'entrée en force (parfois de manière forcée) de la sphère des clients-usagers et de l'opinion publique dans l'entreprise, la diffusion forte des "emplois" ou "professions" de relation de service poussent à la recherche d'appartenances ouvertes et évolutives, mais qui n'ont pour l'instant ni la même consistance, ni le même poids de construction historique que les appartenances traditionnelles de métier. Ce n'est pas une disparition des appartenances de métiers, c'est plutôt leur recomposition dans des espaces pluri-professionnels et au sein de rapports sociaux plus complexes (dans les emplois ou professions de relation de service se croisent et entrent en tension le rapport social usagers / agents, le rapport capital / travail et le rapport social de sexe, déterminant nécessairement des comportements complexes à comprendre, non seulement pour le chercheur, mais pour les individualités composées elles-mêmes). Mais c'est une crise certaine de l'identité de métier. Et on ne sait pas encore réellement ce que peut vouloir dire, pour autant que cela ait une signification (ce dont je doute fortement), une identité de réseau par exemple ou de relation de service. On commence à peine à savoir dire ce qu'est l'appartenance à un réseau et à comprendre les ressorts de la lutte pour une appartenance qualificative (pour une reconnaissance professionnelle) dans les services. Toutefois, appartenance et identité sont des concepts très différents, sur le fond. On le verra de plus en plus. Absolument rien ne permet de dire que le concept d'identité pourra trouver de nouvelles formes de pertinence théorique et d'adhésion sociale.

- Crise des identités de classe, plus ancienne encore. Ou plus exactement : crise de l'identité de la classe ouvrière, qui était la seule à avoir pu réellement se construire et s'affirmer comme identité de classe. Cette identité de la classe ouvrière, précisément parce qu'elle était posée comme identité, a toujours écrasé l'existence sociale des employé(e)s et de toutes les autres catégories sociales (qui ne sont restées que des catégories). Crise aussi des différenciations et catégorisations en termes de type de culture et de niveaux de richesse. Par exemple : la différence entre "le peuple, les classes moyennes et les riches". Ces découpages perdent de leur signification socialement établie (ce qui ne veut pas dire de leur validité). D'une certaine manière, nous sommes renvoyés fictivement aux extrêmes : à la place du peuple, on trouve ou retrouve les pauvres ou les exclus, comme par un gigantesque retour en arrière historique pour nos pays dits "développés" (ceux de la modernité avancée). Mais ce n'est pas un groupe, et moins encore une identité collective. Les pauvres apparaissent comme des cas sociaux éclatés, sans identité collective, sans perspective commune, sans culture (qu'est devenue la fameuse "culture du pauvre" ?). Cela n'a plus rien à voir avec la vie populaire. Remarquons d'ailleurs à quel point le mot "peuple" (pourtant très beau) a été disqualifié. Nous sommes en-deçà et en arrière du "peuple". A l'autre extrême, les nouveaux riches : les spéculateurs au sens large (ceux qui spéculent financièrement sur l'argent ou sur leur notoriété ou leur pouvoir). Mais à l'inverse de l'époque des "grandes familles ", on ne les voit plus comme un groupe social, eux non plus. Les riches ont cessé d'être un groupe possédant et affichant une identité (même si résistent les beaux quartiers et les sociologues qui s'y intéressent). C'est le chacun pour soi. Les "vrais" bourgeois sont devenus une curiosité historique. A peine peut-on encore se permettre de mener des enquêtes sociologiques (faudrait-il dire "historiques"?) sur les beaux quartiers bourgeois et les grandes familles. Cette crise des identités "de groupe" laisse place à l'idéologie de l'éclatement, qui s'impose par son poids d'évidence et sa force d'interpellation et marque les appréciations sociales, sans plus s'interroger sur les causes (car derrière chaque spéculateur ou chaque pauvre, il existe bien un processus social qui les engendre comme tel, mais, de ce processus, on ne dit rien). Le centrage sur les effets, et leurs manifestations phénoménologiques d'éclatement dans le "vécu" de ces personnes empêche largement de penser, de raisonner sur une base causale.

- Crise des identités culturelles locales, fermées. Même si cela engendre des exacerbations des expressions culturelles qui se veulent hyper-locales (la culture de banlieue par exemple), il n'est pas difficile de voir que leurs référents sont à la fois mondialisés et fragiles. C'est autre chose qu'une identité locale qui se joue ici. Le monde avale le local et se le soumet, de même qu'il l'enferme par la propagation hyper-rapide des effets d'imitation, dans la culture convenue, les modes de vie sur lesquels les individus se modèlent (Tarde l'avait vu déjà). Cela ne veut pas dire que ces identités exacerbées n'expriment pas d'authentiques questionnements et aspirations, mais elles sont refoulées sous le décorum de l'identité culturelle. Et ce sont des modes qui passent à grande vitesse. Même les mots eux-mêmes se démodent aussi vite qu'ils se modent. On peut remarquer, par exemple, que le langage "jeune" n'a ni la richesse, ni la longévité, ni la force d'invention du langage populaire de l'argot. Il est même d'une remarquable pauvreté et d'un grand conventionnalisme.

- Crise latente, longue, douloureuse, de l'identité nationale, là où la mondialité, l'appartenance à un même Monde et à ses enjeux, apparaît masquée par ce qu'on appelle, à profusion, la mondialisation, comme à la fois phénomène purement économique et source de jugements moraux accusateurs…

- Crise de l'identité individuelle. Même si bien des chercheurs sont encore à la recherche de cette identité perdue qui ferait qu'un individu devrait se retrouver "soi-même" et ne pourrait vivre "normalement" (Dejours) sans cette identité, cette vision disparaît dans la pratique. Le "soi" devient une catégorie du passé, mais à laquelle il est encore difficile de substituer un être qui, prenant appui sur son histoire et sa mémoire, se projette dans son incessant devenir. Pourtant, factuellement, de nombreuses personnes ne vivent et ne survivent que parce qu'elles tentent de prendre en permanence appui sur leur devenir. Si ce dernier ne se présentait pas à elles, elles n'auraient même pas la force de se lever le matin et se laisseraient mourir dans leur lit. Mais constatons que le concept de devenir possède une audience sociale et une diffusion intellectuelle considérablement plus faibles que celui d'identité. De même, l' "accomplissement de soi" devient une vieillerie (qu'est-ce qu'il aurait à accomplir? quelle est la ressource mystérieuse, ou le projet caché que je devrais accomplir par ma vie ?), mais à laquelle il est encore difficile de substituer une capacité d'invention ouverte aux surprises du monde. Cette crise de l'identité individuelle est la plus difficile à affronter et dépasser. Le modelage social du psychisme sous la forme du "soi" (l'ipséité qui est supposée se construire face à la mêmeté, pour reprendre le langage phénoménologique de Ricoeur) a su donner une certaine solidité aux individus, même si son tribu conservateur (autant que conservatoire) a toujours été lourd à payer socialement. Lorsque le "soi" éclate, les individualités sont paumées parce qu'elles n'ont rien su élaborer d'autre pour les soutenir dans la durée, et que rien n'a été fait, socialement et intellectuellement, pour allier ce qui me semble être la véritable issue que j'ai développée dans "Le Peuple Monde" : l'alliance de l'appartenance au devenir. Il est possible que les générations les plus récentes aient déjà franchi un pas dans ce sens, soient déjà en train de se dégager de la gangue de l'identité (y compris sous la forme du repli supposé du jeune sur l'ipséité, sur ce qu'on appelle "l'authenticité" du moi dans le sillage des formulations de Charles Taylor), mais cela reste à vérifier. Il faudrait examiner de quelles enquêtes nous disposons pour l'attester ou non.

On peut se demander si, derrière cette multiplication des crises identitaires, ce n'est pas le principe même d'identité qui disparaît, qui est en crise (comme le dirait, dans une toute autre perspective, Claude Dubar). Un tel mouvement entraîne nécessairement des exacerbations inverses, des crispations identitaires. Mais surtout, cela génère du trouble et de l'angoisse : pour une certaine forme d'individualité, il est difficile de vivre sans référents collectifs auxquels on s'identifierait et de ne pas croire que nous portons en nous une sorte de permanence intangible.

J'ajouterai (mais est-ce utile d'en parler?) : affaiblissement et crise de l'identification à l'entreprise. Les entreprises n'échappent pas à ce mouvement.

Cela veut dire que les instruments de catégorisation, de découpage, de mise en case des individus deviennent de moins en moins opératoires, alors qu'ils sont, en France, techniquement très bien construits (les CSP, les niveaux de diplômes, et tout le vaste arsenal, dans la totalité des disciplines des sciences humaines et sociales, du vocabulaire de l'identité…). Je ne parle même pas ici des enquêtes sociologiques construites sur des catégories indigènes que l'on s'évertue à sans cesse recréer (et que les doctorants, faute de mieux, reproduisent souvent...). Voilà bien le problème : l'individu catégorisé ouvrier ne se comporte plus comme un ouvrier. Il vote Le Pen, plutôt que communiste… L'individu cravaté, et catégorisé comme cadre ne se compte plus comme un cadre. On trouve, derrière leurs cravates, des cadres révoltés, voire très à gauche… Composer des catégories indigènes socio-psychologisantes, du type "les branchés, les révoltés, les soumis, …à France Télécom ou à Danone" n'a qu'un intérêt très médiocre. C'est plutôt le signe d'un effondrement des capacités intellectuelles des chercheurs ou des doctorants.

Il n'y a plus " l'ouvrier ", mais des ouvriers ; plus " le cadre ", mais des cadres. Même chose pour les professions apparemment les plus construites et les plus homogènes : les médecins, les enseignants par exemple : derrière une homogénéité de façade, incarnée par les organisations syndicales ou professionnelles, on va trouver une monde assez largement divisé (ce qui est d'ailleurs un signe de dynamisme). Les médecins sont divisés sur la maîtrise des dépenses de santé. Les enseignants universitaires sont divisés sur la manière de faire face à la " massification " de l'enseignement supérieur.

Pour dire les choses autrement, les professions se définissent moins par rapport à elles-mêmes que par rapport à la charge d'enjeux sociétaux qu'elles assument et à la manière de les assumer. Il est normal et sain qu'elles se divisent et donc débattent en leur sein. On pourrait dire qu'elles se divisent sur la manière d'assumer le trouble social lui-même (et la dimension social du trouble individuel). En ce sens, la crise des identités professionnelles est formidablement positive. Il faut avoir le courage de le dire et de le comprendre et briser toute approche nostalgique ou mythique.

Je ne suis pas sûr que le découpage par catégories d'âge, très utilisé en statistiques et dans les politiques publiques, résiste lui aussi. Derrière les catégories d'âge (les jeunes …), il y a bien plutôt des enjeux d'époque. S'il est à priori logique qu'une génération (et non pas une classe d'âge) soit particulièrement sensible aux enjeux de son époque, ce n'est qu'une circonstance favorable, mais non nécessaire. La sensibilité épocale n'est pas réellement une affaire d'âge, mais d'expérience sociale, de découverte et d'engagement, de capacité de subjectivation.

Voici donc la conclusion à laquelle j'arrive à titre provisoire : les recompositions possibles du sujet et des appartenances collectives se font sur des prises de parti quant à une époque et à la manière dont chacun aborde et assume sa part du trouble social. Mais c'est là précisément que réside la vraie difficulté, car rien n'est fait, socialement, pour assurer (au sens d'une prise en alpinisme) ces prises. Les individualités peuvent se perdre et se décomposer par incapacité à assurer cette prise de parti et l'élaboration d'une perspective sur le monde, par incapacité à se situer et à avoir pouvoir sur le sens de leur propre action, à devenir "chat" plutôt que de singer ce qu'on attend fonctionnellement d'elles sous des pressions dominatrices. Le fonctionnalisme, lorsqu'il parvient à se maintenir, en particulier dans le milieu de l'entreprise, cache mal l'énorme perte d'adhésion subjective à ce qu'il dit que l'individu, comme fonction, doit faire. Le trouble social devient alors effectivement un trouble psychique profond. Le "soi" entrant en décomposition, rien ne vient à son secours.

Mais les individualités peuvent aussi se trouver, se présenter à elles-mêmes, dans la découverte des propensions virtuelles réelles qui les composent, dans la découverte de la puissance de leur corps et de leur pensée, et dans l'élucidation des enjeux épocaux qui donnent sens à leur prise de parti, et permettent d'appuyer la formation de leur perspective d'action sur le monde d'aujourd'hui. L'appartenance n'est que du devenir.

Même si globalement, les individus d'aujourd'hui ont une force personnelle qui, par nécessité, s'est accrue - sinon notre société ne serait plus qu'un vaste hôpital, ce qui est déjà partiellement le cas -, il est certain que ces prises en charge "partisanes" du trouble social doivent s'élaborer à travers un engagement collectif, face aux événements du monde. Tout reporter sur chaque individu est une absurdité. C'est là d'ailleurs où la référence, savante ou purement intuitive, à Nietzsche trouve à la fois son intérêt et ses risques. Intérêt, car la manière dont, solitairement, il a pu et su penser, du plus loin possible, ce qu'il avait déjà parfaitement compris - il aura été un magnifique précurseur - comme une crise profonde de toute forme d'identité et de morale, en appelant, déjà, à la manifestation intempestive de vraies singularités, reste absolument remarquable. Si je puis introduire ici une touche personnelle : je lui dois beaucoup à l'époque de mon adolescence. Mais risques, car son aristocratisme revendiqué a rétro-agit sur sa propre capacité à tenir cette posture. La folie est au bout du chemin. Les individualités les plus exceptionnelles finissent par craquer, lorsqu'elles s'enferment - parfois sans autre choix - dans leur propre isolement. C'est pourquoi la dimension éthique et communautaire de la prise en charge du trouble social est, non seulement incontournable politiquement, mais une mesure élémentaire (au sens précis de ce terme) de santé psychique.

Le Chaosmos, dont parlait Deleuze, revient à la surface, et secoue, par d'incessants événements, une terre sociale que l'on croyait ferme. C'est de ces chocs que naît et se refond (fondre et non fonder) la pensée. Ce peut être un réveil positif. C'est certainement un réveil risqué. Pouvons-nous prétendre y échapper?

le 13 juillet 2002

 

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