Philippe Zarifian

Par delà l'identité, appartenance et devenir.

 

Ce n'est pas que je ne sois pas, c'est que mon être m'importe peu.

Oui, qu'importe de savoir qui je suis, de ces jeux de renvois qui m'enferment dans l'image de ce que je devrais être.

Je ne suis pas, je deviens.

Je ne m'identifie pas, j'appartiens aux devenirs que j'affronte et aux options que j'y prends.

Les devenirs sont en moi, je les fais devenir miens.

J'aime à me penser léger, sans attaches, ouverts aux vents du monde.

J'aime à comprendre ce que je ne suis pas.

J'aspire à la douceur et à la force du vide.

Je me souviens, lorsque je n'étais rien.

J'y vis avec plénitude.

Une vie, simplement, oui, ami Deleuze, une vie.

Une vie, simplement, et non ma vie.

Ici, dehors, je contemple une vie qui m'affecte.

Tendresse infinie des vies et des surprises.

Puissance infinie de celui qui n'est pas.

Pourquoi aurais-je peur ?

De quoi aurais-je peur, moi qui ne puis que pouvoir?

Tendresse infinie pour autrui, pour ces lignes passantes de devenirs que je croise, que je rencontre, à chaque fois qu'il se passe autre chose, tous ceux qui font que j'existe et auxquels je dois mille mercis.

Je ne suis pas, j'existe en parcourant les mutations de moi-même, avec un doux plaisir.

Pourquoi aurais-je peur ?

Oui, le corps attentif et l'âme en paix, que pourraient donc les Bush, Blair et Berlusconi, ces poteaux figés qui croient seulement pouvoir nous atteindre ?

A qui dois-je des obligations, sinon à ce qui me fait être digne de mes propres actes?

Je ne suis redevable de rien, sinon de ce que je fais advenir dans les événements qui m'emportent.

Oui, l'ami, j'aime à me sentir libre. J'aime à aimer, sans compter. J'aime l'infinie tendresse.

Je me souviens. Je ne pense à rien, sinon à tout ce qui peut être.

J'agis par un rêve sans limites. J'éprouve mon appartenance à l'éternité. J'expérimente mon appartenance à tout ce qui a forme d'existence.

Oui, générosité, jusqu'à quel point pourra-t-on explorer cet affect ? Jusqu'où pourra-t-il nous mener?

Je m'y place sans réserve.

Pourquoi aurions nous peur, nous les métis du monde, bien au-delà des identités ?

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