Zarifian philippe

 

 

Projet pour une Alternative

1. Le principe d'une Alternative.

Un projet pour une alternative de société - et pas seulement de "politique gouvernementale" - ne doit pas se concevoir à partir d'une simple critique ou opposition aux politiques ou aux projets adverses. Ce n'est pas de l'alternative à des politiques qu'il s'agit, mais d'abord et avant d'une alternative touchant aux ressorts profonds de la vie en société, et, plus largement, vue la profondeur de la crise écologique, de la vie humaine sur Terre. Il faut tout à la fois avancer une conception nouvelle de la vie sociale et humaine et, en conséquence, de la politique que nous entendons défendre et promouvoir.

Le point d'appui principal pour penser cette Alternative ne repose pas sur les dégâts et dégradations imposés par les régimes actuels de production et de modes de vie (qu'on les qualifie sous le terme de l'antilibéralisme ou sous celui, nettement plus rigoureux, de l'anticapitalisme).

Il repose sur les tendances positives qui, malgré et au sein de ces dégradations, émergent.

C'est de cette réalité positive émergente dont nous devons partir pour composer un projet pour l'alternative.

Cela veut dire que l'alternative sociétale est déjà engagée, de manière certes embryonnaire, mais néanmoins solide, dans la réalité objective et les formes de prise de conscience du monde contemporain. C'est d'ailleurs ce qui fonde l'appel au déploiement d'une démocratie active : tout citoyen, voire tout être humain, fait l'expérience des souffrances et dégradations, mais il fait, en même temps, l'expérience, même modeste et difficile, d'alternatives de vie. C'est sur la base de cette expérience et des aspirations qui en découlent, qu'il peut et doit devenir un contributeur permanent sur le Projet pour une Alternative.

Un projet n'est pas un programme ou une liste de "mesures" qui seraient prises par un futur gouvernement. Et ceci pour une double raison :

- dans un univers particulièrement mouvant et instable, il est impossible de "programmer" la réalité. Même si nous avons la capacité d'anticiper certaines évolutions et événements, une large part d'imprévisible et d'inédit nous attend. Pour faire face à de l'imprévisible, ce ne sont pas telle ou telle mesure gouvernementale qu'il faut avancer, mais de solides repères, des valeurs, principes et orientations d'action qui permettront de faire les choix les plus justes, ceux qui correspondront à la société que nous désirons promouvoir.

- Un projet est, par définition, un cadre ouvert et évolutif, et ceci en différence forte d'avec un programme ou une liste de mesures. C'est ce qui autorise l'expression de la démocratie active. Celle-ci ne concerne pas seulement des groupes de militants qui se "mettraient d'accord sur les mesures proposées", mais elle concerne tout un chacun, tout citoyen, voire tout être humain, même dénué de la nationalité du pays où il vit. L'alternative se trouve dans cette ouverture : elle représente une manière radicalement nouvelle de faire de la politique.

2. Au centre de l'alternative, l'émancipation sociale et humaine.

Malgré la grande diversité des objets et lieux de lutte, et donc malgré la diversité des facettes de l'alternative, il émerge une question centrale, qui unifie l'ensemble des perspectives : la lutte pour l'émancipation sociale et humaine. Emancipation sociale, vis-à-vis des systèmes et politiques qui nous oppriment et nous dominent; Emancipation humaine vis-à-vis du carcan qui, dans les modes de vie établis et dans les comportements, empêche d'exprimer un nouveau rapport à la nature et aux autres humaines, un nouveau devenir pour l'humanité.

S'émanciper, c'est tout à la fois se libérer d'une oppression et, dans le même mouvement, affirmer de façon intégralement positive une capacité d'initiative, un exercice de la liberté en direction d'une société juste et désirable pour quiconque.

Cette émancipation ne peut plus, ne peut pas être pensée en partant du cadre national, car elle est devenue une question mondiale. Comme le disait le philosophe Gilles Deleuze, il faut partir du mondial pour aller vers le national et le local, et non l'inverse. L'action concrète, l'engagement des personnes, sont et resteront toujours de nature locale. Mais la perspective doit être mondiale. Ce n'est pas un choix, c'est une nécessité.

Toutes les facettes de l'oppression, et toutes les perspective d'émancipation se jouent, principalement, à l'échelle mondiale et doivent être pensées comme telles. Elles se concrétisent ensuite aux niveaux inférieurs, là où l'action immédiate est possible.

En contrepoint, en alternative, la mondialité n'est pas qu'un désir. C'est d'abord une communauté de situations et de problèmes, de plus en plus partagés par l'ensemble de l'humanité concrète et la prise de conscience, affective et intellectuelle, de cette communauté de problèmes et de défis. C'est ce qui fonde la solidarité possible entre les peuples et les individus à l'échelle mondiale.

Partir du national est une double erreur.

Erreur parce que les rapports de force et les régimes d'oppression échappent en partie et de plus en plus au cadre d'un contrôle national.

Erreur parce qu'un projet conçu en partant du national à toutes les chances, même de manière inintentionnelle, d'aggraver les inégalités, les injustices, les discriminations qui se jouent à l'échelle mondiale et dont nous avons chaque jour la preuve (à commencer par l'expérience de la montée de la pauvreté dans le monde et des flux migratoires qu'elle provoque).

3. Les différentes facettes de l'émancipation sociale et humaine.

Contrairement à toute la tradition du mouvement ouvrier qui a toujours privilégié l'enjeu de l'exploitation des forces de travail et, d'une manière ou d'une autre, celui, propositionnel, de la socialisation des moyens de production (par la puissance publique et/ou par l'autogestion), l'émancipation centrale à notre époque n'est pas l'émancipation sociale, mais humaine. C'est en partant de celle-ci que l'on peut mieux mesurer et penser l'émancipation sociale.

3.1. La question centrale est de nature écologique.

L'enjeu est à la fois simple et clair : c'est celui de la disparition de la vie humaine sur Terre, du fait de la dégradation des conditions biologiques de base pour que cette vie se perpétue. Cette perspective n'est pas un fantasme ou une exagération. Son processus est déjà engagé. Parler d'elle, c'est tout simplement prolonger dans la durée les processus actuels qui sont non seulement connus des scientifiques, mais devenus visibles et sensibles pour un quelconque être humain.

Ces processus ont pour nom : réchauffement, en partie artificiellement provoqué, du climat, progression des zones désertiques, ou à l'inverse des zones soumises à des ouragans et inondations majeures à répétition, graves détériorations de la qualité des eaux et raréfaction de l'eau potable, pollution croissante de l'air, non seulement par les émissions de CO2, mais aussi par des émissions de micro-particules productrices de cancer, montée de rayonnements solaires qui affectent notre santé, détérioration de la qualité de l'alimentation, apparition de nouveaux virus redoutables, qui sont directement imputables à des formes productivistes de production alimentaire, etc.

Tous ces processus sont en cours et largement connus. Et l'on sait, scientifiquement, qu'une partie d'entre eux sont d'ores et déjà difficilement réversibles.

Pourquoi est-ce désormais la question centrale ? Pour une raison d'une très grande simplicité : tous les autres domaines de l'émancipation perdent complètement de leur signification, si la vie humaine, et les formes de vie qui dépendent de conditions équivalentes, viennent à disparaître. Allez parler de l'exploitation de la force de travail à des populations africaines qui tangentent, en permanence, la mort pure et simple dans des zones désertiques !

Un projet pour une Alternative doit donc partir de la question écologique. Ce n'est pas un problème de mélange entre le "rouge" et le "vert". C'est un problème de lucidité dans l'ordre de l'importance des phénomènes et de leur causalité. Pour dire les choses de manière plus condensée : l'émancipation sociale est, dans la durée, conditionnée par l'émancipation humaine.

Mais il faut remonter aux causes : celles-ci sont diverses et complexes. On ne peut réduire l'évolution de l'écosystème à une seule cause ou à un seul paramètre. Néanmoins, la cause majeure est la naissance et le développement du capitalisme industrialiste dès le milieu du 18ème siècle, industrialiste au sens où non seulement il a engendré la naissance de l'industrie, mais a progressivement imposé sa logique dans les secteurs agricoles et des services. C'est à juste titre qu'on qualifie ce capitalisme de "productiviste". C'est en effet le lien entre recherche d'un accroissement incessant de la productivité des ressources et rentabilité du capital qui est au cœur de ce système. Les ressources sont humaines bien sûr, marquées par la constitution du salariat, mais elle ressortent aussi de la domination et de l'exploitation des ressources de la nature (matières premières, énergie, etc.), laquelle nature n'est perçue, précisément, que comme des ressources offertes au capital et prêtes à êtres "exploitées" de manière intensive dans une perspective de valorisation du capital (de rentabilité).

On sait scientifiquement aujourd'hui que la montée artificiellement provoquée de la teneur en CO2 dans l'air a commencé dès le début du 19ème siècle, même si, à l'époque, on n'y était pas sensible.

Cette approche productiviste de la nature (et des hommes) vient de plus loin : on peut la faire remonter à l'ensemble de la civilisation occidentale, qui, contrairement à d'autres civilisations (comme la chinoise), a déifié le rôle de l'homme, placé au centre de l'univers, et a voulu le montrer comme "maître" du monde, la nature (et les esclaves, voire les femmes) ayant été créés pour le servir. Néanmoins, si toute la civilisation occidentale préparait à une telle évolution, c'est bel et bien le capitalisme qui a brusquement aggravé l'exploitation intensive de la nature comme ressource, sans aucun égard à ses effets sur la vie humaine, ni à l'épuisement de ces "ressources".

Dès lors, attaquer le productivisme, c'est nécessairement attaquer le capitalisme. Il est clair que cette logique, bien qu'elle soit née au cœur de la production capitalise, a contaminée la révolution dans les modes de vie que le capitalisme a engendré. Perçus avant tout comme des débouchés, comme une consommation sans cesse croissante (le mot "consommation" a été inventé en même que l'économisme capitaliste), les modes de vie se sont pliés à cette exigence productiviste. Et ceci continue d'être le cas.

Un mode de vie, c'est à la fois un type de consommation, ou plus exactement, la réduction de la production de la vie humaine à des actes de consommation, mais aussi un type d'organisation de temps et de l'espace, de cadre de vie. On en a un bel exemple dans l'urbanisme : ce qui tire l'économique capitalise aujourd'hui, c'est la croissance des métropoles urbaines, devenues, dans de nombreux pays, des mégalopoles. C'est dans ces dernières que se réalisent l'étouffement, psychique et physique, des humains, leur compression, leur perte de sens de la nature, la montée incessante du stress, le règne de la course au manque de temps, l'envahissement et la dégradation publicitaires. Il en résulte le développement de maladies physiques (allergies..) et psychiques (dépressions nerveuses, angoisse..).

C'est aussi dans ces mégalopoles que se développent l'exclusion et la violence. Les statistiques montrent qu'en France, le phénomène de la concentration des populations dans les métropoles a repris - après une pause - et que ces métropoles se transforment, insensiblement mais sûrement, en des mégalopoles, semblables à celles du Tiers Monde.

Néanmoins, un Projet pour une Alternative ne doit pas considérer la question écologique uniquement, ni même principalement, sous son aspect négatif.

Qu'est ce qui se dégage progressivement des luttes et des aspirations ? Une chose là aussi très simple : une réconciliation avec les forces de la nature, forces dont nous faisons partie. La civilisation chinoise, avant qu'elle ne s'occidentalise, a montré l'exemple à grande échelle. Les forces de la nature ne sont pas vues comme des phénomènes à "maîtriser et exploiter". Elles sont perçues comme des propensions, sur lesquelles nous pouvons nous appuyer et qu'il nous faut respecter, dont parfois nous devons, par anticipation, nous protéger. Le développement de la riziculture en Chine en est un formidable exemple. On utilise finement la circulation de l'eau, la déclinaison du terrain, les déviations en cas de crue, etc., à partir d'une connaissance scrupuleuse des propriétés de la terre, de l'eau et de la croissance du riz. Et de la manière dont l'ensemble peut se renouveler et durer, sans épuisement ni déchets.

Cette réconciliation avec les forces de la nature (car la nature n'est pas une ressource, mais un composé de forces) ne concerne pas que les modes de production. Elle concerne aussi le cadre de vie : retrouver et trouver l'esthétique des paysages, le décongestionnement urbain, de nouveaux types de construction et d'aménagement qui favorisent la convivialité, au lieu d'exacerber les exclusions, la solitude, la violence. Trouver un nouvel art de vivre.

Enfin, on doit nécessairement reconsidérer les modes de consommation, et d'abord mettre en cause le mot lui-même. Dans l'économisme capitaliste, la consommation est un acte de destruction, qui permet de "relancer la machine", de produire d'autres biens de consommation pour remplacer ceux qui ont été détruits. Or ce terme de consommation doit être radicalement abandonné. Il ne s'agit pas de consommer moins ou plus. Il s'agit de percevoir toute forme de "produit", même matériel, comme un service, engendré et reçu, utilisé, avec le double souci : d'améliorer qualitativement les conditions de la vie humaine, de développer ce que je propose d'appeler : un nouvel art de vivre et de respecter les propensions et le renouvellement des forces de la nature.

Les deux valeurs éthiques que ce retournement de point de vue nous fait découvrir sont :

- la frugalité, ce qui est nécessaire à une vie bonne et partageable à l'échelle mondiale,

- la générosité et la convivialité.

Nous tenons, avec la question écologique, non seulement le défi central de notre époque, mais aussi le plus formidable acte d'accusation contre le capitalisme et contre certains traits de la civilisation occidentale. Tout en dénonçant les risques considérables qui planent sur nos têtes, ce sont dans les alternatives qu'il faut désormais s'engager, alternatives auxquelles une grande partie de la population sera spontanément sensible.

3.2. La question du salariat et de son dépassement.

Partons de ce constat désolant : il y a longtemps que les forces de gauche en France, autant syndicales que politiques, ont abandonné la perspective essentielle : le dépassement du salariat. Celui-ci a d'ailleurs été retiré du programme de la CGT au milieu des années 70. On est allé en sens inverse de ce que préconisait Marx. Au lieu de viser le dépassement de la condition salariale (vendre sa force de travail à un capitaliste), on a cherché simplement à améliorer et étendre cette condition, et, dans le meilleur de cas, à la pérenniser en la "sécurisant". Plus question d'abolir le salariat, plus question d'un libre développement de l'individualité, d'un large développement du temps disponible (on en reste frileusement aux 35 h !!!), d'une expansion de la multi-activité, de la multi-compétence et de la place croissante du travail gratuit.

Bref : tout ce qui faisait la force du projet de Marx a disparu.

On en est revenu à des platitudes social-démocrates.

On peut prendre trois exemples d'actualité :

- le débat sur les services publics. Il semble aller de soi qu'être de gauche consiste à "défendre" les services publics, quitte à les "démocratiser" et à redonner du poids à la redistribution sociale organisée par l'Etat, à partir des prélèvements sur les salaires et les profits. Où se situe la perspective d'abolition du salariat, même de manière tendantielle, là dedans ? Nulle part. Or soyons lucide sur les entreprises de service public. Si nous héritons d'elles un principe important (l'égalité d'accès aux services), la définition du "service à rendre" était et est encore entièrement entre les mains de technocrates (et de syndicats largement corporatistes), qui définissaient, à la place des citoyens, quels étaient les "besoins" et "comment assurer ces services". Une définition étatique de services homogènes pour les "besoins" de la population, en édifiant de vaste entreprise de réseau, sans souci des cadres de vie, et moins encore de l'écologie (EDF, le plus grave pollueur de France, représentant bien sûr le summum dans cet état d'esprit).

Les usagers étaient conçus, là encore, comme de purs consommateurs (de services), sans qu'on se préoccupe de faire en sorte qu'ils puissent exprimer la diversité de leurs attentes et en débattre au niveau essentiel, c'est-à-dire le niveau décisionnel. Les salariés de ces entreprises publiques étaient (et sont toujours) perçus comme enfermés dans la condition salariale, obligé d'exécuter les ordres émanant de la hiérarchie et donc de la direction, souvent au mépris de leurs propres convictions éthiques. Il n'existe pas, en France, d'entreprises plus hiérarchisées et militarisées que les entreprises publiques. Dans le meilleur de cas, ces salariés tentaient d'échapper aux règles, ordres et prescriptions qui leur tombaient dessus, en "prenant soin" des usagers localement. Mais cette attitude digne ne changeait pas la logique d'ensemble.

- Le débat sur l'Etat-Providence. Sous prétexte que l'ensemble du système de sécurité sociale est attaqué (ce qui est vrai), il semble qu'être de gauche consisterait à le sauvegarder, voire à l'étendre à de nouveaux domaines. Or là encore, comme pour les entreprises publiques, on s'en remet à l'Etat ou à des spécialistes patronaux et syndicaux dans les instances paritaires de gestion des organismes sociaux.

Les "bénéficiaires" n'ont aucun droit à s'exprimer, par exemple sur l'organisation du système de santé, sur les formes sociales et individuelles de prise en charge de la période de retraite, sur la manière de concevoir son parcours de vie, etc. Toute la bureaucratie coûteuse et le "maternalisme" étatique qui se sont développés autour des systèmes de redistribution ont placé les fameux "bénéficiaires" dans une situation de stricte passivité.

Passivité pour imaginer et penser des solutions. Passivité pour agir. Passivité pour penser et conduire leur vie.

Or le résultat en est, non seulement un déficit criant de démocratie, mais un gaspillage considérable de moyens et d'énergies humaines.

- Le débat sur le chômage. Parce que le seul horizon mis en avant est le salariat, toutes les formes innovantes d'emploi non salarial sont évacuées (sinon sous forme d'un système capitaliste auxiliaire : le "tiers secteur"). Or l'avenir n'est pas à l'accentuation et à la généralisation de la condition salariale, mais à ce que Marx avait entrevu et que certains groupes de personnes ont parfaitement compris. L'avenir est à la création de temps disponible pour tous, à la multi-activité, à l'alternance de temps en emploi salarié et de temps (tout aussi productifs et créateurs) hors emploi salarié. De ce point de vue, la lutte des intermittents du spectacle a été une lutte d'avant-garde, montrant la voie à suivre. C'est ainsi qu'on peut progresser fortement en matière de chômage.

Derrière toutes ces questions, quelle alternative ?

Là aussi, là encore, il faut prendre appui sur ce qui émerge. Que signifie concrètement la perspective d'abolition du salariat ? Une chose très simple et très concrète à la fois : la mise en place de rapports sociaux et de formes d'organisation qui réconcilient directement l'usager, le citoyen et le travailleur.

Tout individu doit pouvoir commencer à associer ces trois rôles :

- comme usager autonome, il doit pouvoir directement se prononcer sur ses attentes, donc sur la manière dont il pense l'évolution de son mode et de son cadre de vie, en association et débat avec les autres usagers concernés, au sein de comités d'usagers (à l'échelle locale, la plus concrète, comme à d'autres échelles qui peuvent s'inspirer des expérimentations et créations locales),

- comme citoyen, il doit pouvoir s'exprimer et agir sur les cadres d'orientation de l'activité des entreprises (publiques ou privées) et des administrations, en considérant que toute production est en réalité un bien commun et que les décisions relatives à la nature et au développement de ce bien commun relèvent d'instances politiques, au sens noble du terme. On en a un exemple, encore très incomplet il est vrai, dans le rôle des Conseils régionaux en matière de transport (TER) et de formation. Si ces lieux devenaient des instances d'expression de la démocratie active, ils pourraient exercer pleinement leur rôle d'autorités organisatrices, tout en sauvegardant l'autonomie des entreprises.

- Enfin, comme travailleur, il a, au sein des entreprises et administrations, à exercer et développer pleinement sa compétence professionnelle, c'est-à-dire son pouvoir d'initiative et le souci de l'utilité et de la beauté de ce qu'il produit pour autrui, dans des réseaux de coopération. Ce faisant, il retrouve le dialogue avec l'usager et le citoyen. Toute production, même de biens industriels, peut être assimilée à une activité de service dès lors que son point de départ est l'expression des attentes et des usages d'un public. Et il est désormais établi que le ressort essentiel de l'efficience de cette production réside dans les compétences actives que les travailleurs mettent en commun, dans les actions qu'ils entreprennent, à la fois pour guider et utiliser la puissance de la technologie, mais aussi et surtout pour l'orienter vers la production d'usages, répondant au triple critère de l'utilité sociale, de l'écologie et de la beauté.

C'est à ce point précis, qui est à la fois le point de départ et le point d'arrivée de la production d'un service, que le travailleur rejoint l'usager et le citoyen. Nous avons donc dépassé l'étape social-démocrate de la simple "démocratisation" des entreprises, étape qui continuait d'enfermer les acteurs de l'entreprise sur eux-mêmes et maintenait largement intacte la logique de l'économique. L'entreprise ne doit pas être simplement démocratisée en interne.

Elle doit désormais s'inscrire dans des processus politiques d'expression de la citoyenneté. C'est un aspect incontournable de la démocratie active.

Ce triple rôle de la personne humaine s'inscrit dans la production et l'usage du temps disponible, supposant, ce qui est parfaitement possible, d'enclencher un mouvement de réduction forte de la durée du travail salarié, mais aussi, et en même temps, de déployer des activités non salariées qui produisent des services, des engagements personnels, de la joie de vivre dans un multitude de domaines possibles. L'avenir est plus que jamais à la multi-activité, variable, bien sûr, selon les âges de la vie.

C'est une nouvelle forme de "richesse" tout aussi forte et extensible et considérablement plus valable et juste que la richesse marchande capitaliste ou bureaucratique.

3.3. Régime de guerre et désir de paix.

Nous pouvons le constater tous les jours : nous vivons, dans l'étape actuelle du capitalisme, dans un double régime de guerre :

- un régime de guerres externes, menées sous le prétexte, largement fallacieux de "lutte contre le terrorisme", sous l'impulsion et la direction des Etats-Unis,

- un régime de guerre interne, s'exprimant par une impressionnante montée de la problématique sécuritaire et des lois et dispositifs qui réduisent en permanence les libertés individuelles fondamentales, s'attaquent aux libertés collectives et opère des divisions et des ségrégations permanentes entre les "bons" et les "mauvais".

Ce n'est pas autre chose qu'une manière, pour le pouvoir politique, de mener la lutte de classes, mais en radicalisant ses méthodes et ses attaques et en faisait fi, y compris des acquis de la démocratie libérale. L'instauration de ce régime de guerre a de nombreuses causes, dont certaines, tel le contrôle des ressources énergétiques, ne sont pas nouvelles. Mais pour bien comprendre le défi qu'il lance à un Projet pour l'Alternative, il faut surtout se pencher sur sa position idéologique et politique.

En effet, les caractères centraux de ce double régime de guerre sont :

- de jouer sur les oppositions de civilisations (et de races), ou plus exactement de réduire la civilisation à la seule civilisation occidentale, avec un retour en force des références judéo-chrétiennes, les autres peuples ne pouvant être que barbares, et donc, soit des terroristes potentiels, soit des "soumis volontaires" devant imiter les institutions, les modes de vie et de pensée occidentaux, ouvrant grands leurs bras à l'expansion de l'empire américain (et de ses alliés, auxquels la France se rallie actuellement largement). Il en résulte une exacerbation des passions et des chocs en retour, l'intégrisme occidental, judéo-chrétien, alimentant des intégrismes adverses.

- d'utiliser la peur comme pratique gouvernemental systématique, peur pour des peuples ou des groupes humains entiers, qui, souvent à juste titre, se sentent menacés, peur pour chaque individu, fiché et suivi à la trace, que l'on pousse ainsi à acquérir un comportement purement conforme à ce qu'attend le pouvoir politique,

- d'exalter et de banaliser la violence et la mort, devenus des objets de spectacle quotidien, qui développe des états d'esprit morbides ou haineux, ou, pour le moins accablés et désabusés.

Quel est le point commun à tous ces caractères ? Instaurer la soumission, une soumission assortie de peines légales de police ou de destructions militaires (que les bombardements des populations civiles au Liban ont illustré), avec, toujours en bout de chaîne, le risque, non seulement de l'emprisonnement, mais de la mort.

Ce régime de guerre entraîne précisément une culture de la mort, une culture morbide et une instabilité dans les situations de vie, voire dans le simple maintien de la vie humaine, propice à cette pratique de la soumission. Il est certain que ce sont, en dernière analyse, les intérêts économiques et financiers du capital mondialisé qui bénéficient de ces effets de soumission, tentant d'écraser les révoltes et les résistances avant qu'elles n'aient le temps de se manifester.

Nous ne sommes donc pas du tout dans la période du capitalisme "libéral", mais bien au contraire dans celle d'un capitalisme ultra-sécuritaire, qui gouverne de plus en plus par la peur, la violence et la division.

Un Projet pour une Alternative ne peut pas en rester à ce constat. Il doit trouver le positif qui se dissimule derrière le négatif.

Le positif est qu'en réalité, ce sont les castes dirigeantes, économiques et financières, relayés par les forces politiques, qui ont peur, car le monde leur échappe au moment même où ils veulent le contrôler. Il leur échappe, car les tensions sont trop vives, les situations matérielles et subjectives trop insupportables, les agressions contre la diversité des cultures trop inacceptables, pour que les peuples ne retrouvent pas le chemin de la révolte et de la résistance.

Et derrière, dans une assez grande confusion, jaillissent, soit des désirs de liberté, de justice et de paix, soit des régressions réactionnaires.

Ces désirs existent. Nous les avons vu s'exprimer en France à maintes reprises, ne serait-ce que lors du mouvement de lutte contre le CPE. Et nous avons tous une responsabilité politique majeure pour faire en sorte de soutenir, dans des situations souvent très difficiles, le souci de justice et l'expression de ces désirs.

Nous voudrions insister sur un aspect majeur : le soutien éthique et politique que nous devons apporter au désir de paix et opposer systématiquement aux pratiques de guerre. Et, si on le prend dans sa pleine dimension, ce désir de paix n'est pas autre chose que la prise de conscience de ce que nous avons appelé la mondialité. C'est-à-dire la réalité objective qui fait que nous appartenons à la même humanité, affectée par les mêmes problèmes, qui ne peut survivre durablement qu'en affirmant subjectivement une solidarité sans frontières.

La mondialité est une tendance. Elle s'extrait de l'ancien monde. Elle doit lutter pour s'imposer. Mais c'est une lutte orientée vers la Paix, y compris lorsqu'une situation de résistance implique de prendre les armes.

Nous prendrons deux exemples.

Celui du métissage d'abord : composition de nationalités et de civilisations différentes, produisant enrichissement et ouverture, nouvelle beauté, sans abandonner la capacité critique, celle qui nous permet de retenir et de mettre à l'épreuve ce qu'il y a de meilleur de chaque trajectoire civilisationnelle.

Mais l'autre face est présente : radicalisation des nationalismes, intégrismes religieux, raidissements identitaires, racisme poussé à son comble, lorsque c'est toute une civilisation " étrangère " que l'on prétend soumettre, voire détruire. Des personnages comme Bush, Rumsfeld, mais tout aussi bien Ben Laden, respirent leur haine du métissage. La politique américaine est intégriste. La position française, qui flirte en ce moment avec un retour à sa pensée colonialiste, est intégriste (l'intégrisme de la "bonne civilisation"). L'intégrisme, qu'il soit nationalitaire ou religieux, condense un univers mourant, mais d'autant plus dangereux et radicalisé. Il considère toute forme de mélange comme un poison mortel.

Le métissage exprime une toute autre réalité, tient un tout autre discours. Il n'est pas principalement " anti-intégriste " ni " anti-raciste ". Il est lui-même, dans son propre devenir. Le mélange des nationalités et des civilisations s'impose de lui-même, produit ses propres affects et perspectives, ses propres manières de vivre et de voir le monde. Il parle d'avenir. Il parle de générosité. Et pourtant, intégrisme haineux et métissage généreux ne peuvent que s'opposer, car ils co-existent dans la même période historique, dans le même espace, voire traverse chacun d'entre nous. Comme ils sont incomposables, ils s'opposent dans le mouvement même où chacun s'affirme.

Prenons un autre exemple : guerre et paix. La paix n'est pas le contraire de la guerre. Elle parle de tout autre chose. Le désir de paix n'a rien à voir avec la volonté de dominer par la force guerrière. Et pourtant, nous ressentons et expérimentons en permanence que l'essor de la paix suppose lutte et donc, paradoxalement, une certaine forme de guerre. L'ambivalence y prend une consistance particulière. Désirer la paix n'est pas se soumettre à la loi du plus fort et céder à l'existence ou au potentiel de guerre. Le pacifiste sait lutter. Dans l'expression du désir de paix se manifeste nécessairement une certaine forme de guerre à la guerre. Nous devons en garder à chaque instant une intense conscience pour que la guerre ne l'emporte pas et ne pourrisse pas, de l'intérieur, l'aspiration à la paix. Le désir de paix est l'expression affective forte du souci que nous avons d'autrui, de n'importe quel autrui, quelle que soit sa nationalité, sa "race", son sexe, sa culture, souci qui nous porte à dialoguer, à comprendre, à s'enrichir mutuellement.

La mondialité ne pourra pleinement se développer que si elle est soutenue par ce désir de paix. Dans le cas contraire, nous allons, à grande vitesse, vers des affrontements et des destructions considérables. Le désir de paix n'est pas autre chose que le désir de vie, dans les conditions du monde actuel.

3.4. L'émancipation des femmes.

L'émancipation des femmes constitue le quatrième grand défi, en même temps qu'un potentiel considérable. Cette question est présente dans toutes les cultures, toutes les civilisations. Elle est nettement plus ancienne que l'apparition du système capitaliste, même si ce dernier a su à la fois, à partir du 19ème siècle, développer des pratiques particulièrement discriminatoires dans le cadre de la société bourgeoise (l'exploitation renforcée de femmes dans les premières usines, leur maintien hors des droits et processus associés à l'essor de la démocratie, le refus de le concevoir comme de citoyens à part entière; etc.). Nettement plus ancienne que le capitalisme : c'est dire que ce front d'émancipation suppose des luttes spécifiques, non réductibles à la seule lutte anti et post capitaliste. C'est la domination des hommes, dans toutes les sphères de la vie sociale et privée, qui est un jeu . Mais en même temps, progresser sur ce front est une condition essentielle pour que les hommes s'émancipent eux-même de leurs pratiques patriarcales et dominatrices, sachent penser la liberté dans tous les domaines. Si cette question est présente dans toutes les cultures, c'est néanmoins avec des formes et des acuités variables. L'Occident a été le théâtre d'un mouvement important d'émancipation, que la très forte progression de l'entrée des femmes dans le travail salarié a favorisé. Cette émancipation reste toutefois partielle. Mais surtout, lorsqu'on raisonne au niveau de la mondialité, on voit l'importance du soutien aux luttes qui se développement, réellement ou potentiellement au sein des autres cultures, celles qui restent très régressives dans ce domaine. La pleine émancipation des femmes est une condition absolue de l'émancipation humaine générale et ne peut être enfermée dans la seule émancipation sociale (dans la seule égalité des droits).

4. La question de la démocratie active et des institutions.

Actuellement, la question majeure de la démocratie est abordée sous le thème du passage dans une VIème République. Mais quand on lit ce qui s'écrit à ce sujet, on reste effaré par le manque d'audace et de volonté de rupture sur ce thème majeur.

A quoi ressemble cette VIème République ? A rien de plus qu'à un retour à une démocratie parlementaire, avec élections à la proportionnelle, la suppression de l'élection du Président de la République au suffrage universel, un régime politique très proche, dans ses principes, de la IVème République. La seule ouverture, la seule vraie originalité viendrait du référendum d'initiative populaire…

On voit bien sur ce point, comme sur la question des services publics, que la gauche, et maintenant la gauche de la gauche, la gauche antilibérale, sont engluées dans les recettes du passé, incapables d'imaginer une véritable alternative. En toute rigueur, cette manière de dénommer VIème République, ce qui ressemble fort à la IVème, est une démarche réactionnaire, de retour en arrière pure et simple, avec une nostalgie certaine, dans tous les domaines, de la fameuse période des Trente Glorieuses !

Il faut envisager la question toute autrement.

Avant d'être une question d'institutions, la démocratie est une question de pouvoir : qui possède le pouvoir politique et comment l'exerce-t-il ? Cette question est nécessairement liée au Projet de fond : quand on a l'ambition de transformer en profondeur une société - ce que nous proposons -, quand on pose l'Alternative au niveau sociétal et mondial, il est absolument évident que la démocratie représentative, quelle que soit sa forme (parlementaire ou présidentielle, ou entre les deux), n'est absolument pas à la hauteur des enjeux et que les citoyens ne s'y trompent pas.

Le cœur de la démocratie représentative réside dans ce principe, inventé par Locke, et, de manière plus générale, par les libéraux anglo-saxons : "je délègue à un représentant le pouvoir d'agir en mon nom". Et donc : j'abdique de l'exercice concret de ce pouvoir, seul me restant un droit de sanction renouvelée à l'élection suivante.

L'invention du terme de "souveraineté populaire" n'est qu'un mode de légitimation de la démocratie représentative, mais pas du tout, dans les sociétés capitalistes actuelles, un mode d'exercice réel du pouvoir par le peuple. Parlementaire ou présidentielle, cette démocratie, dans son principe constitutif, n'est plus du tout à la hauteur, ni des enjeux, ni des aspirations des citoyens.

Il faut donc partir d'un autre principe. Nous proposons, dans la suite d'un débat interne aux alternatifs, de l'appeler : démocratie active.

En quoi consiste ce principe ? Il est simple : la démocratie active est la mise en mouvement des citoyens associés, prenant l'initiative par eux-mêmes, et à partir de leur propre intelligence et éthique, de leurs propres valeurs de vie, de transformer la société. La démocratie active est partout. Elle s'insère dans tous les aspects de la vie sociale. Loin du concept social-démocrate de "démocratie sociale", elle est toujours politique. Elle exprime toujours l'exercice d'un pouvoir qui, sur une question même purement locale, vise toujours à promouvoir un choix global de société.

C'est vrai pour la démocratie à l'échelon d'une localité ou d'une région, c'est vrai pour la démocratie dans les entreprises, c'est vrai pour la démocratie dans toutes les institutions (comme l'institution scolaire), etc.

La démocratie active doit irriguer toutes les démarches par lesquels nous, citoyens associés, abordons les grandes questions de l'écologie, du dépassement du salariat, de la guerre et de la paix, de l'émancipation des femmes. C'est la seule forme adéquate à travers laquelle un mouvement de transformation profonde du monde peut se réaliser.

Toute autre forme favorisera directement un échec. Et quand on aborde les choses à des niveaux plus élevés (niveau national, européen, voire un jour mondial), on voit bien déjà que les citoyens demandent à être engagés directement, ne serait-ce qu'à travers l'organisation de débats qui précèdent les prises de décision majeures.

La démocratie active est faite de débats, parfois contradictoire, de réflexions, d'avancées dans la connaissance des problèmes, d'affirmation de valeurs éthiques. Mais elle ne s'exprime jamais mieux que dans l'action.

Car c'est dans l'action que le pouvoir s'exerce. L'argument technique, disant que dès que l'on passe à des niveaux plus élevés que le niveau local, cet engagement direct des citoyens dans l'action est impossible, est faux. Il est faux, car tout, y compris les décisions prises aux niveaux les plus élevés, passe par le pouvoir d'action des citoyens.

Par exemple, lorsqu'en vertu de décisions européennes, on décide de privatiser une grande entreprise, cette décision ne peut s'appliquer que dans l'engagement forcé, contre leur gré, des travailleurs et usagers concernés par cette entreprise.

Ce qu'apporte la démocratie active de radicalement nouveau, c'est que cette action, au lieu d'être forcée par le capital et ses relais politique, dans un rapport de soumission, devient l'expression directe des désirs, attentes, projets des citoyens en tant qu'en même temps travailleurs et usagers. S'il est vrai que techniquement, la décision politique sur des questions de vaste dimension, doit être, à un moment donné, centralisée, le plus décisif est dans l'avant et l'après :

- l'avant : le débat public,

- l'après : l'engagement dans la mise en œuvre.

Que cela passe par un référendum ou par l'élection de représentants devient une question secondaire, de circonstances. La démocratie active ne signifie pas l'abandon de la démocratie représentative. Mais elle lui impose une évolution majeure : le mandatement. Les élus doivent l'être sur un mandat précis, non pas sur le détail des mesures, mais sur l'orientation qu'il défendra dans une assemblée décisionnelle. Ce qui veut dire que, loin de simplement agir "au nom de", il agit "sous le contrôle de". Il devra régulièrement rendre compte de son mandat. Par ailleurs, tous les spécialistes de l'exercice du pouvoir savent que l'essentiel se joue moins dans un instant, assez fictif, qu'est la "prise de décision" (le vote d'une loi par exemple) que dans les rapports de force qui se jouent avant, comme après.

Il n'y a pas de démocratie active sans lutte. Mais la démocratie active, dans son principe central, place les citoyens associés comme les acteurs prenant l'initiative, légalement et légitimement, dans cette lutte, avec d'autant plus de force qu'elle concerne directement leur manière de vivre et leur devenir.

La démocratie active constitue donc le pivot politique, l'axe central autour duquel tout le Projet pour une Alternative tourne.

Conclusion :

L'élection présidentielle est, dans le cadre des institutions actuelles qui resteront le référent pour les citoyens électeurs, un moment privilégié. On n'élit pas un chef de gouvernement, on ne débat pas sur des mesures gouvernementales. On élit un personnage, qui a une stature symbolique : il exprime un projet de société, des principes, des valeurs, des grandes orientations.

La campagne est le moment pour organiser le débat le plus large possible sur ces questions. C'est cela qui est attendu.

Paris, le 5 octobre 2006

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