Zarifian Philippe

Débat sur l'écologie à partir de la liste des Objecteurs de croissance.

 

1) Bonjour,

Je suis sur cette liste de diffusion, qui a le mérite d'exister (même si elle n'est pas formellement structurée comme la liste d'un mouvement politique, et c'est peut être mieux ainsi) et j'apprends beaucoup en lisant ce qui s'y échange. Ne venant pas et ne faisant pas partie des objecteurs de croissance (je viens des Alternatifs, dont je reste sympathisant), il y a pas mal de références concrètes qui m'échappent. C'est normal. Je ne me sens pas directement concerné par l'éventuelle création d'une formation politique pour la décroissance (même sous forme réseau par exemple, étant entendu que tout le monde partage, à juste titre, la profonde et durable crise de la forme "Parti").

Je voudrais simplement participer au débat, en m'excusant à l'avance de la longueur de ce message, sur trois points :

- la gravité de la question écologique a déjà été soulevée, pour le moins, à la fin des années 60 et début des années 70. Personnellement, le livre qui m'a le plus frappé est l'ouvrage de Hans Jonas (le Principe Responsabilité, paru en 1979). Même si je suis en profond désaccord avec la solution qu'il tend à privilégier (un Etat fort), son diagnostic va à l'essentiel et reste d'une complète actualité. Il faut le rappeler en une seule phrase : l'enjeu est la disparition de toute forme de vie humaine ou équivalente sur Terre.

C'est à l'aune de cet enjeu que tous les problèmes dits écologiques doivent être évalués, en tenant compte de l'irréversibilité de certains phénomènes. Inutile d'instister sur la gravité de cet enjeu : sur cette liste, tout le monde est d'accord j'imagine. Mais il faut le circonscrire pour éviter des formulations rapides et inexactes. Il est inexact que la Nature soit en danger et que nous ayons à nous préoccuper d'elle, pas plus d'ailleurs que la planètee Terre. La Nature et la Terre poursuivront leur évolution, bien après la disparition de la vie humaine. Probablement, on se rapprochera d'une planète de type Vénus, laquelle fait intégralement partie de la Nature. Il restera encore un temps très long, avec l'implosion du soleil détruise toutes les planètes de son système. Ce qui est danger n'est pas la Nature en soi, qu'il faudrait "respecter". C'est une Nature propice à la vie humaine et équivalentes.

- en l'état actuel de nos connaissances, ou en l'état actuel des dégradations de l'écosystème, ce n'est pas la "vie" en général qui est en cause. La vie humaine et équivalente dépend de conditions physico-chimiques précises et qui agissent à l'intérieur d'un spectre limité. Depuis que l'humanité existe, cette vie est fragile. Il existe des formes de vie (bactérielles par exemple) considérablement plus résistantes que la vie humaine. Peut être sont-elles, elles aussi, en danger.

- je pense qu'aucun scientifique ne peut se prononcer sur ce sujet - mais sur une échelle de temps nettement plus longue que la vie humaine et équivalente (les formes de vie qui dépendent des mêmes conditions que nous). - la question écologique n'est réductible à aucune autre grande question ou défi, mais elle possède des liens évident avec la plupart d'entre elles.

Tout le monde sera d'accord, je pense, pour estimer que c'est dès les débuts du capitalisme industriel (début du 19ème siècle) que l'importance de l'action humaine dans la détérioration du climat (par exemple) a commencé à se produire de manière significative, même si les écologistes étaient peu nombreux à cette époque. Il existe des liens évidents entre capitalisme, à la fois comme mode de production et comme mode de consommation, et entrée dans une nouvelle époque d'aggravation de la question écologique. Les deux sont liés, sans être réductibles l'un à l'autre.

En clair : pas de position écologique solide et véritable sans mise en cause des ressorts profonds du capitalisme. La raison en est d'une banale simplicité : l'exploitation de la Nature (de ses ressources, de ses forces) est totalement imbriquée dans l'exploitation des êtres humains, à vaste échelle. D'où l'importance d'ailleurs de la critique de l'économisme qui n'est pas autre chose qu'une idéologie et un ensemble de pratiques sociales et de techniques qui réalisent cette "double" exploitation. Encore faut-il dire qu'"exploiter la Nature", ce n'est pas principalement épuiser ses réserves. C'est tirer partie, de manière purement instrumentale - pour la valorisation et l'accumulation du capital permanente et sans limites - des ressources et force des processus "naturels" technicisés, d'une manière qui met en péril le devenir des processus qui sont indispensables à la vie humaine sur Terre. Lien aussi évident avec la domination des pays du Sud par ceux du Nord, poursuite d'une nouvelle forme de colonialisme (appelons un chat un chat) qui réactualise la prétention de la civilisation occidentale à représenter la seule "bonne civilisation".

Double effet : effet de détérioration des conditions de vie dans les pays du SUD, mais aussi effet de destruction progressive ou brutale de civilisations qui sont pourtant de véritables trésors et exemples de comportements positifs avec l'écosystème, fruit parfois de millénaires de "sagesse" de ce point de vue. L'évolution de la Chine, par exemple, nous concerne tous. Quand on parle de "risque" de disparition de l'humanité, on emploie un euphémisme, très occidentalo-centré. En réalité, dans les zones du monde les plus polluées ou les plus frappées par les changements du climat, l'humanité est déjà en train de disparaître et le néo-colonialisme y participe (en privilégiant par exemple les grandes cultures d'exportation) avec le cynisme qui le caractérise ("on aide les pauvres à survivre" en même qu'on contribue à engendrer cette pauvreté, la crise écologique devant un facteur aggravant, mais non unique, pour les grandes sécheresses par exemple).

Nous voyons aujourd'hui, et plus vite que les scientifiques ne le pensaient, la mise en mouvement de la destruction de l'humanité.

Désolé d'être aussi long. Mais j'en arrive à une conséquence politique pratique : nous avons besoin, un besoin urgent, d'une nouvelle formation, dont la configuration reste en partie à inventer, mais dont nous avons des embryons dans la forme "mouvement " et dans les formes "réseaux", qui soit pleinement politique, c'est à dire orientée vers la promotion d'un nouveau "vivre ensemble" qui tout à la fois lutte contre les causes des phénomènes négatifs, mais aussi soit capable de promouvoir, en positif, ce que j'appelle "un nouvel art de vivre", en prenant en compte la totalité des problèmes dans leurs liens (l'écologie, le post-capitalisme, l'émancipation des peuples et civilisations dominées, l'émancipation des femmes, la lutte pour un monde pacifique..).

La politique, au sens fort, est ce qui engage une mutation des sociétés humaines, en faisant lien entre toutes ces questions, même s'il est logique que les uns ou les autres se polarisent sur tel ou tel problème. Ce nouvel art de vivre, que j''appelle de mes voeux, est encore à inventer.

Pour être franc, je ne pense pas que le mot "décroissance" soit adapté pour le penser, pour l'imaginer, l'expérimenter. Donc : je ne conteste absolument pas le besoin ou la nécessité pour les objecteurs de croissance, de créer un réseau spécifique pour faire vivre et progresser dans leurs préoccupations centrales, mais je pense que la nouvelle formation politique, que j'appelle de mes voeux (et que le mouvement antilibéral, dès le début, dans ses formes comme dans son contenu programmatique, ne pouvait pas incarner, même s'il a le mérite de rapprocher déjà des courants de pensée différents), se doit absolument de LIER la totalité des problèmes, en allant des causes vers les effets (et non l'inverse, et non en se limitant aux effets).

C'est cela qu'elle est politique. Tout ceci porte un nom: la lutte pour l'émancipation humaine.

Philippe

 

2) Intéressant. Je comprends mieux ce que Vincent Vaucouloux voulait dire par "faire de la politique". Pour un militant de la décroissance tel que lui, si je prends les mesures qu'il énonce à la fin de son message, "faire de politique" (concrète et immédiate), c'est :

- de l'intervention de l'Etat, toujours plus d'intervention de l'Etat, en particulier sous forme d'interdictions (avec tous les moyens de contrôle que cela suppose),

- donc de la réglementation et du droit, toujours plus de réglementation et de droit (avec le côté inévitablement oppresseur de tout droit, même lorsqu'on pense que le droit va dans le bon sens),

- donc, derrière le droit, des énoncés moraux (dont l'archétype reste encore aujourd'hui les "10 commandements"), et, si possible, l'intériorisation de ces énoncés moraux sous forme d'auto-contraintes (les impératifs catégoriques de Kant).

Je suis certain que la politique de la décroissance pourrait parvenir à 10 commandements, ce qui aurait d'autant plus de force. - et, en plus, un volet socio-culturel : un changement dans les référents culturels et les comportements sociaux (et donc aussi individuels). Quel changement? Le changement vertueux que les militants conscients de la décroissance sont aptes à énoncer et prescrire, au moins sous forme de souhaits, et à exemplifier (mais les effets sociaux seront moins immédiats que les interdictions légales). Tout ceci dans la droite ligne de la mise en oeuvre d'une politique autoritaire, qui, je l'ai déjà indiqué, était la voie logiquement préconisée déjà par Hans Jonas (un peu d'histoire des débats sur la question écologique ne fait pas de mal.)

On me dira alors : "mais comment faire autrement?". S'attaquer aux causes et non aux effets (ex: la production capitaliste, l'économique, traite l'énergie comme une ressource, un intrant. Comment traiter l'énergie comme une force, une propension, associée à l'intelligence humaine et non pas comme une ressource, ce que la civilisation chinoise a pensé et réussi des siècles avant nous), mettre en avant l'éthique (le bon) et non la morale et le droit (le bien), prôner l'approfondissement de la démocratie et son lien étroit avec les modes de vie (et non pas les interdits étatiques), débattre largement (mais pas nécessairement longtemps) avant de trancher, développer le pouvoir de connaissance et de compréhension des citoyens (ce que Vaucouloux, si j'ai bien compris, qualifiait de "discours intellectuels") et faire confiance à leur intelligence de la gravité de la situation, etc..

Cela dit, je ne veux pas troubler vos débats. Comme déjà indiqué, je ne souhaite pas figurer sur la future liste, et pas même sur l'actuel.

Philippe Zarifian

 

3) Je ne savais pas que nous vivions dans un système ultra libéral et laxiste, pour qui "tout interdit est mauvais". Mais il est possible que Bush, Sarkozy et Le Pen en soient, involontairement, les dignes représentants. Leur laxisme et le non respect des lois (surtout depuis le tournant sécuritaire) me semble en effet frappant !!!

Pour ce qui est de vos positions, j'avais bien compris. C'est encore plus clair maintenant. Des INTERDICTIONS, de l'ORDRE et des TABOUS.

Venus d'en bas ? Tous les régimes autoritaires se réclament du "peuple" et agissent en "son nom". Quant à la soumission librement consentie, il existe un beau livre à ce sujet. Au fait, dans la listes des "tabous très stricts" que vous prétendez imposer, qu'est ce qui a été librement consenti par le "bas" ? Par le vrai "bas" et non pas celui que vous décrétez (et dont vous prescrivez la pensée).

Je propose qu'on en arrête là. Je demande à ne plus recevoir de mails de ce genre, car il y a des limites à ce que je peux supporter, et donc à être désincrit de la liste, même en tant que liste informelle. Je pense que les objecteurs de croissance, si Vaucouloux et vous en êtes représentatifs (je ne vous connais pas du tout et réciproquement, ce qui permet, au fond, de se dire les choses plus franchement), devraient créer leur propre liste et débattre entre eux. Mais c'est vous qui voyez.

Philippe Zarifian.

 

4) Bonsoir,

Puisque la phrase que j'ai écrite est citée, à savoir : "Il est inexacte que la Nature soit en danger et que nous ayons à nous préoccuper d'elle, pas plus d'ailleurs que la planète Terre. La Nature et la Terre poursuivront leur évolution, bien après la disparition de la vie humaine", je crois qu'il faut lui faire dire exactement ce qu'elle dit, en plus si on la replace dans le contexte, explicite je l'espère, de mon message. Elle signifie une chose simple : la Nature n'est pas en danger et nous n'avons pas à nous préoccuper d'elle, non seulement parce que, que l'on sache, elle est dénuée de tout sentiment, mais parce qu'elle englobe des milliards de galaxie, avec un nombre très considérable d'astres sans vie équivalente à la vie humaine, ou proche.

La Terre deviendra peut être un astre, dénué de vie humaine et équivalente, mais continuant de participer pleinement de l'expansion de l'univers et du déploiement de la Nature, jusqu'à ce qu'elle soit, avec une solide certitude, désintégrée par l'implosion du soleil.

Affirmer cette réalité simple et banale, c'est précisément se concentrer sur la question qui nous importe et qu'on peut définir de deux manières :

- il est de notre responsabilité actuelle de préserver les conditions futures de vie humaine sur Terre : c'est le principe Responsabilité de Hans Jonas. Dire que c'est "une nécessité", comme le dit Christine, ne me semble pas adéquat. Nécessité en vertu de quoi ? Soit il s'agit d'une nécessité répondant à une Loi (physique ou équivalente), et je ne vois aucune nécessité "objective" à la survie de l'espèce humaine (sinon en vertu d'une religiosité qui doit s'affirmer comme telle, du type : la Nature a été créée pour l'Homme, ce que, personnellement, je prends pour une complète bêtise). Soit il s'agit d'une nécessité éthique fondamentale, répondant au souci de préserver les conditions de vie humaine et équivalente sur Terre, et dans ce cas, cela a un sens de s'en préoccuper.

- la seconde manière, que j'estime complémentaire, est d'éviter de définir cette lutte de manière purement négative, ce que le terme de "survie" semble indiquer. C'est une critique que l'on entend souvent faite aux écologistes : " vous vous battez contre des catastrophes possibles, contre des risques terribles, mais vous n'avez aucun projet positif de société future (à la différence de ce qu'a été l'idéal communiste). Du même coup, vous ne pouvez qu'actionner le ressort, néo-chrétien, de la culpabilité".

Or, se sentir responsable, à mon avis, ce n'est en aucun cas se sentir coupable, ou "répondre de" (devant quel tribunal?).

Se sentir responsable, c'est avoir le souci de. C'est un souci éthique, et non moral. Voici donc une première réponse de nature éthique et positive : "nous avons le souci de l'existence des générations futures (et déjà actuelles dans une partie du monde)". Et nous agissons en conséquence, non en vertu de tabous ou d'interdits étatiques, ou d'un régime autoritaire, mais en fonction d'un choix éthique, pensé et réfléchi comme tel, libre au sens noble de ce mot dans lequel chaque citoyen s'engage (les interdictions étatiques, en partie nécessaires, n'étant qu'un produit du débat politique, intelligent et réfléchi des citoyens, un choix pris "en connaissance de cause"). Et non pas la décision d'une élite ou d'une avant-garde éclairée (source de toutes les dérives totalitaires). Comment la définir de manière positive ?

Je propose en effet de définir un nouvel "art de vivre". On peut rapprocher de manière humoristique "art de vivre " et "art de la table". Effectivement : on peut se moquer de tout, bien que personnellement j'apprécie les arts de la table... Je prends "art de vivre" au sens fort du terme : une manière éthique et esthétique à la fois d'assurer notre vivre, donc notre existence même. Le "vivre", c'est la vie humaine, sous la forme d'un verbe, donc vue de manière active, en tant que chacun de nous et tous ensemble nous en sommes l'auteur. Je pense, très profondément, que plutôt que de s'en tenir à des formules assez creuses (du genre "convivialité"), nous avons, nous humains, en tenant compte de différentes civilisations (et j'y insiste : en particulier de la civilisation chinoise ou iranienne, et certainement de l'apport de civilisations africaines que, malheureusement, je ne connais pas), à définir un nouvel art de vivre, de manière positive, apte à fournir enthousiasme et imagination.

Voici un défi positif et enthousiasmant; mondialiste !

Philippe

 

4) (sur la liste des Alternatifs)

J'avoue, à ma grande honte, que je n'ai pas porté attention aux propositions des Alternatifs sur l'écologie et en particulier aux résultats des travaux pilotés par B. Caron. Mais je pense qu'il faut des mesures simples et fortes, mais qui, si possibe, ne portent pas atteintes aux libertés individuelles (déjà bien malades), avec un appel à l'intelligence plutôt qu'à la culpabilisation (j'ai eu des échanges un peu fous et violents sur la listes des objecteurs de croissance : certains d'entre eux prônent, de fait, la mise en place d'un Etat autoritaire et la promulgation tous azimuths d'interdits. L'approfondissement de la démocratie n'est pas leur tasse de thé, c'est le moins qu'on puisse dire ! Mais, pour être honnête, on voit bien que cela fait débat entre eux).

Voici quelques exemples de ce que je propose au débat :

- interdiction de la production et de la maintenance de tout moyen de transport polluant (voitures, camions, motos, etc), obligeant ainsi les constructeurs à investir réellement et massivement dans des véhicules propres. Je préfère une interdiction "à la source", qu'une interdiction, pour les individus, d'utiliser leur voiture, mesure d'ailleurs inapplicable. Par contre la généralisation des zones piétonnières et pistes cyclables dans les grandes agglomérations est une évidence. C'est une interdiction, mais tolérable et facilement appréciée, dont on a déjà l'expérience.

- réorientation de toutes les formes possibles d'investissement public, centralisé et décentralisé, en partenariat éventuel avec des investissements privés (pourquoi pas, puisque les grands groupes se targuent d'être désormais à la pointe de l'écologie ?), pour promouvoir l'usage immédiat et la recherche en matière d'énergie dite propres, qui sont en réalité des énergies qui savent utiliser les forces et propensions de la nature dans leurs interactions et cycles propres (propensions de l'eau, des vents, des marées, des rayons solaires, du corps humain, etc., en y incluant les recherches sur les 4 forces fondamentales qui forment la physique de la matière). Ce dernier aspect me semble négligé : une concentration des efforts de recherche fondamentale et appliquée dans ce domaine est une voie d'avenir, y compris - je m'excuse de le dire pour les "anti-nucléaires" par principe - la recherche sur la fusion nucléaire (des noyaux de l'atome, dont les atomes d'hydrogène qui existent de manière surabondante). Si les chercheurs scientifiques, qui travaillent sur cette piste depuis des dizaines d'années, disent que c'est une impasse : ok, on arrête, mais après un débat transparent, fondé sur l'intelligence des citoyens (car le principe de la fusion est compréhensible par n'importe lequel d'entre nous). Mais je suis certain qu'il existe, en matière d'usage des forces (et propensions) de la nature, immédiates et fondamentales, des explorations et découvertes multiples à faire, et je ne doute pas que cela puisse enthousiasmer des jeunes d'y investir leur intelligence et leur sens de l'éthique.

Cela suppose un grand programme de recherche, centralisé et décentralisé, piloté par la recherche publique évidemment et un grand effort dans l'usage immédiat des pistes déjà opérationnelles.

Ici un principe théorique de base : ne plus penser la nature en terme de ressources (le mot "ressources naturelles " pourrait être progressivement bani du vocabulaire), mais dans ce qu'elle est réellement : des forces et propensions que nous devons apprendre à utiliser en les épousant, comme la paysannerie et la philosophie chinoise l'ont si bien montré ! Plusieurs millénaires d'expérience dans ce domaine : les occidentaux devraient commencer par devenir modestes et ouverts aux échanges entre civilisations !!! (plutôt que de les détruire !). Idem d'ailleurs pour les traditions africaines ou celle des amérindiens (leur cosmologie et leur science de la forêt et des plantes !).

- un effort prioritaire et un investissement réalisé en matière de stockage de l'énergie (qui reste un obstacle majeur : on ne sait pas stocker l'énergie, ou plus exactement les modes actuels de stockage sont rudimentaires. Si on savait assurer ce stockage, l'énergie éolienne prendrait, par exemple, aussitôt une toute autre dimension). Les tempêtes deviendraient utiles ! (je plaisante, mais pas complètement).

- la nationalisation des groupes agissant dans le vaste domaine des services dits urbains (dont l'eau, le transport public, etc;), avec une gestion décentralisée, associant les citoyens et responsables politiques locaux. Déjà : la nationalisation de Véolia et de la Lyonnaise (l'avange des grands groupes de cette taille, c'est que leur nationalisation a aussitôt un énorme effet) serait emblématique et donnerait des moyens d'action immédiats dans plusieurs domaines (dont le domaine crucial de l'eau, bien évidemment).

- l'interdiction de toutes les formes de planeaux publicitaires. Je dois dire que quand je suis allé en Iran, le simple fait de me retrouver dans des villes et des routes, presque sans aucun panneau publicitaire, a été un bonheur. Ces panneaux condensent ce qu'il y a de pire, en particulier le sexisme, voire la pornographie, sans parler de la transformation des citoyens en "consommateur" (encore un mot contre lequel il faudrait lutter et qui pourrait progressivement disparaître : on ne peut et on ne doit pas interdire l'usage des mots, mais on peut, en faisant là encore appel à l'intelligence, à la civilité, au débat public, les faire reculer).

Lancer d'ailleurs un vaste débat entre deux expressions : "consommer" et "développer des usages de service utiles et éthiquement conçus" serait un beau débat de fond à promouvoir.

- enfin, comme le dit Paul Ariès, aller dans le sens de la gratuité des usages et de la taxation des mésusages. Je termine en disant juste que j'aimerais bien avoir accès aux résultats des travaux du groupe piloté par B.Caron, dont je suis désolé de ne pas avoir gardé les textes.

Philippe

Ecrit entre le 10 et 14 janvier 2007

 

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