Mémoire d'amour,

 

Tes cheveux noirs bouclés de juive, la finesse de ton corps, ton sourire lumineux, je me souviens de toi, comme à l'instant présent.

Quel soleil noir te déchirait?

Je ne pouvais véritablement le comprendre, seule en ressentir la souffrance.

Je te savais malade.

Au-delà de la dépression, tu étais aspirée,

je le voyais, je le sentais.

Quelques heures de lucidité par jour, et en combien d'années?

Et pourtant, dans ces heures,

tu rayonnais d'une totale disponibilité,

à l'extrême de la tendresse,

de l'ouverture à tout ce qui vivait autour de toi.

 

Cheveux noirs, désordonnés, rebelles.

Lorsque l'intelligence se situe à la pointe la plus avancée de la sensibilité,

lorsque plus rien ne les sépare,

lorsque tout devient essentiel,

comment parvenir à vivre?

Trop de générosité,

trop de douleurs,

trop de mesquineries à affronter,

trop de déceptions,

et pourtant, une disponibilité intacte, cette fantastique attention à autrui.

Que te dire? Il n'y a rien à dire.

La sensibilité dépasse l'énoncé, l'intelligence dépasse la rationalité, l'affinité dépasse les mots.

Un geste esquissé, ta présence dans cet hôpital où je me trouvais pour ma cheville, moi qui étais d'une insolente santé.

Comment comprendre l'effort que tu faisais? Comment penser l'attraction de cet astre noir? Il arrive que l'on soit dépassé. Il reste toujours un regard infini, hors d'atteinte, une délicatesse de l'âme, un songe délicieux.

Nous éprouvons que nous sommes éternels.

 

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