Peuple Monde, au milieu de l'océan

 

(Extrait de Zarifian Philippe, L'émergence d'un Peuple Monde, éditions PUF, mars 1999, p.86)

Je me souviens. Lorsque le jour se lève, quand les lueurs du soleil se déploient horizontalement, au moment où le corps déborde d'énergie, c'est le moment pour aller nager.

La nage est souple, sans fatigue. On laisse la paix envahir l'esprit. L'horizon du rivage s'éloigne. Quelque poisson frôle les jambes. Je me souviens qu'il y avait des îles. Elles me servaient de repères lorsque le rivage cessait d'être visible.

Je me retourne alors, le dos dans l'océan. Le ciel est proche et beau, je le laisse me toucher des yeux. Ciel et océan se recourbent et s'interpénètrent à l'horizon, de tous côtés, bleu dans le bleu, doucement. Le silence n'est interrompu que par les clapotements de l'eau.

C'est le moment où l'on peut rêver, imaginer l'invisible derrière le ciel, se projeter dans l'immensité. Un moment où l'on frôle l'oubli, où l'on risque sa propre conscience.

La sensation devient émotion, l'émotion devient pensée, la pensée devient imagination, l'imagination devient désir d'action.

Et je me reprends à nager, à glisser, à fendre l'eau de la main, devant. J'imagine alors que le ciel est l'humanité-monde, que les îles sont mes amis, que le corps qui se soutient de l'océan signifie le vivre, que l'horizon est le devenir.

J'appelle civilité une initiative prise, en ayant l'humanité-monde dans le regard, le vivre comme enjeu, les problèmes du vivre comme objet, la liberté comme expression. J'appelle politique le contenu de cette initiative. J'appelle Peuple Monde le sujet de cette initiative. J'appelle insoumis un tel Peuple.

 

index page12 page14